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Peut-on se noyer dans une mer d'informations?

Premier d'une série de trois articles

2. Les retombées de la surabondance d'informations
3. Y a-t-il des solutions pour contrer cette surabondance?

par Pascal Lapointe
Agence Science-Presse

Première parution: La Presse (Montréal), 23 juillet 1997

 

"L'information, c'est le pouvoir." "Davantage d'information signifie davantage de pouvoir." "L'accroissement de l'information entraînera une meilleure démocratie." Ces déclarations ne sont pas nées avec Internet, mais les internautes s'en sont magistralement emparés depuis quatre ans, et en ont fait leur credo.

Eh bien, ils font fausse route.

Ce n'est pas tout à fait de leur faute: c'est au cours des 50 dernières années que ces déclarations ont progressivement cessé d'être justes, et le glissement s'est produit sans que quiconque ne s'en soit aperçu. Mais c'est avec l'explosion d'Internet que la conséquence apparaît soudain au grand jour, et elle est inquiétante: en 1997, davantage d'information n'est plus nécessairement synonyme de progrès. Davantage d'information peut aussi signifier davantage de confusion, et même, une démocratie plus vacillante.

Si vous êtes un internaute militant, cette affirmation a de quoi vous irriter, parce qu'elle va à l'encontre de tout ce qu'on vous a appris: Internet, a-t-on écrit et répété, serait l'outil d'une révolution politique, l'instrument grâce auquel tous les citoyens auront accès à toute l'information, et pourront faire des choix plus éclairés.

Et pourtant, depuis un an, de plus en plus de gens s'inquiètent des méfaits de cette surabondance. "J'avais cette impression, depuis un bout de temps, de ne jamais être capable de rattraper le flot d'informations, de nouvelles et de courriers qui me sont "nécessaires" pour fonctionner", écrit Steve Outing dans Editor and Publisher. "C'est le paradoxe quotidien de ce soi-disant Age de l'information: tant de choses, si peu de temps", ajoute Tim Jones, du Chicago Tribune.

Le journaliste américain David Shenk vient de synthétiser ces craintes en un ouvrage de 250 pages, Data Smog: Surviving the Information Glut. "Pendant 100 000 ans, les technologies de l'information avaient été un moyen de soutenir et de développer la culture. Information et communication nous avaient rendu progressivement plus sains, plus riches, plus tolérants." Mais au milieu du XXe siècle, quelque chose s'est mis à changer: "Nous avons commencé à produire de l'information plus rapidement que nous ne pouvions la digérer. Jamais cela ne s'était produit auparavant."

La conséquence: on avale de l'information, de plus en plus et de plus en plus vite. Mais on a oublié en chemin qu'il existait une différence entre avaler de l'information et la comprendre.

"L'information, ça n'est ni la connaissance ni la sagesse, et trop de données peuvent abrutir l'esprit", écrit le critique Roger Rosenblatt en commentant Data Smog, livre qui s'est mérité, ce printemps, une mention jusque dans les pages deWired.

Que l'on soit d'accord ou non avec Shenk, sa longue argumentation frappe l'imagination, lorsqu'elle s'appuie aussi bien sur la pauvreté culturelle des jeunes Américains, malgré 50 ans de télé éducative, que sur les animateurs radio qui gueulent à tort et à travers, seule façon pour eux d'émerger au-dessus du flot d'information.

Car Internet n'est pas seul en cause: il y a même longtemps que des publications comme la Columbia Journalism Review reprochent aux médias, entre autres avec la montée de CNN, de viser la surabondance d'informations rapides, éphémères, au détriment de l'explication. "Au XIXe siècle, disait en mars 96 Neil Postman, de l'Université de New York, dans le cadre d'un dossier justement consacré à Internet, le problème était la rareté de l'information. (Aujourd'hui), c'est devenu la surabondance. Le problème n'est pas d'avoir différents types d'informations plus vite. Le problème, c'est comment choisir ce qui est significatif."

Mais Internet a considérablement amplifié le problème. Et ça ne fait que commencer, avec les PointCast et autres outils dont la tâche est d'aller quotidiennement chercher l'information aux quatre coins du Net, à la demande de l'internaute: ils ajoutent eux aussi au flot d'information, mais pas nécessairement à la compréhension.

Il y a une vision d'avenir pessimiste rattachée à cela: de plus en plus de gens se révéleront incapables de suivre, décrocheront, et deviendront encore plus qu'aujourd'hui la proie des démagogues. Un avenir noir, auquel David Shenk assure ne pas croire, mais qu'il ne peut complètement rejeter: "Nous ne pouvons nous débarasser de la sensation étrange d'être en train de perdre le contrôle sur ces machines qui étaient censées nous servir."

"Nous nous propulsons nous-mêmes à des vitesses au-delà de celles auxquelles nous étions capables de vivre", s'inquiète Nelson Thall, du Centre Marshall McLuhan, à l'Université de Toronto. Une pareille accélération ne peut manquer d'avoir des retombées.


La semaine prochaine: les retombées


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