


Y a-t-il des solutions à
la surabondance d'information?
Troisième d'une série de trois
articles
1. La
surabondance d'information à l'heure d'Internet
2. Les effets de
la surabondance d'information
3. Des solutions à la surabondance
d'information
par Pascal
Lapointe
Agence Science-Presse
Première parution:
La Presse (Montréal), 6 août 1997
Or donc, de plus en plus de gens se sentent submergés
par l'information. De plus en plus d'internautes peinent
à garder la tête hors de l'eau, face au flux
ininterrompu de courrier et de sites web, lequel s'ajoute
à des flots déjà abondants de magazines,
de nouvelles télévisées et de publicités.
Peut-on lutter contre cette mer d'information dont
nous avons parlé au cours des deux dernières
semaines? On peut. En fait, il n'y a pas 36 solutions:
il faut faire diminuer le niveau de la mer. Mais comment
diable peut-on le faire diminuer?
Personne n'envisage évidemment de demander aux diffuseurs
de produire moins de bulletins de nouvelles ou de cesser
de créer des sites web... L'abondance de sources
d'informations n'est pas en soi un problème. C'est
l'usage que chacun de nous en fait qui en est un.
"Je
pense que le scoop du futur sera la meilleure interprétation,
le meilleur compte-rendu, celui qui vous expliquera pourquoi
vous avez besoin de savoir ça", déclarait
dès 1995 un vétéran du journalisme
américain, Daniel Schorr, en observan t l'émergence
des inforoutes.
Sous la plume d'un autre journaliste, David Shenk, auteur
cette année du premier ouvrage consacré à
cette question, Data Smog, la conclusion est la même:
"le Dow Jones a grimpé de 13 points et demi;
le décollage de la navette spatiale a été
remis; le jury d'O.J. Simpson a été choisi;
le président Clinton déclare que les élections
bosniaques devront avoir lieu. Ce ne sont en aucun cas des
sujets triviaux, mais présentés de cette façon,
ils n'ont aucune valeur éducative... Pour comprendre
véritablement un sujet, nous n'avons pas besoin de
remises à jour régulières, mais d'une
analyse soignée et réfléchie de la
situation."
Certains voient comme une façon d'atténuer
le déluge les "agents intelligents", ces
logiciels qui effectuent un tri, puisqu'ils ne vont chercher
aux quatre coins du Net que les articles portant sur des
sujets que vous avez pré-définis. Vous vous
intéressez au Tour de France? Votre "agent"
vous expédiera chaque matin par courrier électronique
-ou déposera sur une page web personnalisée-
tous les articles qu'il a pu trouver sur le Tour de France.
En théorie, ça fait beaucoup de temps sauvé:
plus besoin de courir d'un journal à un cyber-magazine
et à un bulletin de nouvelles.
Sauf que ces outils ajoutent eux-mêmes au déluge:
vous recevrez plus d'articles que vous n'aurez jamais le
temps d'en lire! Ils vous arrivent sans aucune classification
("le meilleur, dans ces 127 textes, c'est lequel?").
Et ils créent un nouveau problème, plus grave
que celui qu'ils prétendent éliminer: l'ignorance.
"Imaginez, écrit David Shenk, que vous ayez
un majordomme à qui vous avez donné des instructions
très strictes: refuser tous les appels et renvoyer
tous les visiteurs dont le nom n'apparaît pas sur
la liste. Vous atteindriez votre but, mais le prix à
payer serait de ne plus jamais faire de nouvelles rencontres."
"Qu'adviendra-t-il
de l'information "non solvable", s'est inquiété
Le Monde ? Du Sahel aux SDF (sans-domiciles fixes),
il ne manque pas de sujets qui ont déjà du
mal à percer..."
Oubliez ces "agents intelligents", conseille
David Shenk. Soyez plutôt votre propre filtre. Limitez
votre courrier électronique; résistez à
la publicité; éteignez la télé
de temps en temps. En définitive, vous seul pourrez
distinguer ce qui constitue pour vous une information essentielle
d'une information superficielle.
Et apprenez à vaincre la crainte de manquer quelque
chose d'important: Internet n'arrêtera pas de tourner
si vous vous en éloignez un peu -voire si vous décidez
de "jeûner" quelques jours.
C'est à l'internaute qu'il revient de choisir, mais
encore faut-il qu'il le fasse, ce choix, parce que personne
d'autre ne va le faire pour lui: la croissance d'Internet
n'est pas près de s'arrêter. La surabondance
d'information est donc là pour rester, et elle risque
de prendre encore plus d'ampleur.
Par contre, un travail d'éducation s'imposerait
auprès des futurs créateurs de sites web,
écrit l'analyste des médias Steve Outing:
ceux qui "prévoient créer des sites de
plusieurs milliers de pages devraient y penser à
deux fois. Ce n'est pas qu'assembler des grands amas de
nouvelles et d'information soit mauvais; mais
il est encore plus urgent de créer un service de
nouvelles sur le Net qui donne au consommateur ce qui lui
est le plus utile."
Comment déterminer cela? Bien malin qui pourrait
le dire. Il n'y a pas de recette-miracle, pas plus pour
les producteurs que pour les consommateurs. Ou plutôt,
pour ces derniers, il n'y en qu'une: respirez par le nez.
Lisez aussi cet ajout tardif:
La
surabondance d'information, une solution au chômage?
(4 mars 1999)
Vous vous sentez submergé? Faites
part de vos commentaires à l'auteur de cet article
à paslap@cam.org
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