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Le 13 mai 2002

Ce qui se conçoit bien...

(ASP) - "Nature des états électroniques dans des points quantiques auto-assemblés sondés par Magnéto-Photoluminescence: les différences des systèmes InAs/gaAs et InAs/InP." Ce titre d'une conférence sur l'optique est tiré du présent congrès de l'ACFAS. Points quantiques auto-assemblés? InAs/gaAs et InAs/InP? Si vous n'êtes pas dans le domaine de l'optique, cela relève du charabia.

La conférence en question sera peut-être passionnante. Mais il y en aura d'autres, tout au long de cette semaine, et tout au long de tous les congrès de la planète, qui relèveront du pire des portraits: rappelez-vous les plus lamentables professeurs que vous ayez connu, ces éteignoirs de vos belles années de jeunesse. Aussi dynamique qu'une épave au milieu de l'océan, le docte spécialiste ergote lourdement, d'un ton monocorde, sur un sujet hermétique. De quoi faire fuir tous ceux qui ne sont pas aussi spécialisés que lui dans le domaine. À se demander si cette communication orale est une... communication.

Un millénaire après l'invention du cours magistral, la question demeure entière: pourquoi communiquer si c'est pour ennuyer?

"En fait, les scientifiques ne font que ça, communiquer, mais dans une forme qui n'est pas adaptée au grand public", affirme la journaliste Sophie Malavoy, directrice du Guide pratique de communication scientifique publié par l'ACFAS. Le contenu prend toute la place, sans aucun intérêt pour la forme, poursuit-elle. À preuve, beaucoup de scientifiques se contentent encore de lire de longs exposés devant public – torpeur garantie.

"Dans les congrès, je me suis rendu compte que je n'écoutais pas. Les autres scientifiques écoutaient un peu même si c'était ennuyant, regardaient les données quand c'était dans leur domaine, mais ils y allaient surtout pour les relations sociales."


Ne pas stigmatiser les scientifiques

Scientifiquement parlant, l'exposé oral doit transmettre une matière souvent très aride aux pairs, c'est-à-dire à un public de collègues de la même (sur)spécialisation. Une communication scientifique obéit à un processus rigoureux, dans une langue codée, assez froide et impersonnelle, constellée de l'incontournable jargon.

Ce raisonnement se tient. Dans la pratique, cela produit des morceaux d'anthologie, tel cet extrait d'un résumé d'une conférence: "je présente ici d'une façon axiomatique et sémantique une logique non-monotone et paraconsistante capable de représenter les inférences accomplies à l'intérieur des théories scientifiques." Non-monotone et paraconsistante, vraiment?

Comment en finir avec la langue de bois et le stade zéro de la mise en scène? Il ne sert à rien de stigmatiser les scientifiques. Le regretté sociologue Pierre Bourdieu, souvent qualifié d'incompréhensible même par ses disciples, avait écrit dans Homo academicus (1984): "le style scientifique est un style qui cumule la neutralité du compte rendu positiviste et la fadeur du rapport bureaucratique".

Mieux vaut sensibiliser les scientifiques à la pratique des processus de communication... "Dans leur formation, il n'y a pas de volet communication, regrette Sophie Malavoy. Il faut du talent, il y en a qui l'ont, d'autres qui ne l'ont pas, mais il y a aussi des trucs, des règles, des choses à faire et à ne pas faire." Le premier conseil à leur donner, selon Sophie Malavoy: prendre conscience de l'importance de la communication. Que ce soit pour rejoindre un auditoire plus vaste que les collègues immédiats… ou pour rédiger une demande de subvention qui accrochera davantage l'attention!

Structurer l'exposé autour d'un argument central, le présenter de façon dynamique, invitante, et avec un style personnel, n'est pas insulter la Science. Il ne s'agit pas de vulgariser tous azimuts, mais de séduire l'auditoire. Par exemple, dans le cadre du colloque sur "l'insécurité sociale", le titre d'une des communications attire immédiatement l'attention: "Mort ou fif, l'insécurité dans l'orientation sexuelle"!

 

Jean-Sébastien Marsan

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Ces textes de l'Agence Science-Presse ont également été publiés chaque matin dans le bulletin Acfas Express, distribué sur le plancher du congrès.

 

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