(ASP) - "Le livre électronique intéresse
les bibliothécaires, mais linstabilité
des éditeurs et une offre peu adaptée
aux besoin des bibliothèques universitaires,
limitera encore longtemps sa diffusion. Quant aux appareils
dédiés pour la lecture de livres, ils
nont tout simplement pas leur place pour linstant."
Celle qui jette cette douche deau froide sur la
révolution numérique tant annoncée
se nomme Zeïneb Gharbi et elle est candidate au
doctorat à lUniversité de Montréal.
Létudiante refuse dailleurs
lexpression "livre numérique",
quelle juge trop floue. On trouve en fait trois
grandes catégories de textes numérisés
sur le marché. Les premiers sont des textes destinés
à être lus sur des ordinateurs personnels;
les seconds, des textes quon ne peut lire que
sur des appareils dédiés, conçus
spécifiquement pour la lecture; et enfin les
troisièmes sont de grandes collection de textes
libres de droits réunis sur des sites web.
Les textes destinés aux ordinateurs
personnels ont une certaine présence dans nos
universités, qui se les procurent le plus souvent
par abonnement. Au Québec, 7 des 18 bibliothèques
du réseau CRÉPUQ auraient, selon les cas,
entre 100 et 2163 titres électroniques de ce
genre. Le logiciel de lecture qui les accompagne offre
de laide à la lecture (des signets électroniques
pour retrouver le passage plus tard) et à la
rédaction (rédige automatiquement les
notes infrapaginales).
Les appareils dédiés ont
été mis à lessai en tout
et pour tout dans quatre universités aux États-Unis.
On a vite constaté leurs limites. Dabord,
il y a peu de titres numérisés pouvant
intéresser le milieu universitaire. Ensuite,
le marché est instable, les manufacturiers font
faillite et se fusionnent à un rythme effréné
et les standards varient sans cesse. Mais lobstacle
majeur, cest que le fichier du livre ne peut pas
être copié dun appareil à
lautre. La gestion des titres et des appareils
sen trouve compliquée.
Au Québec, les bibliothèques
universitaires offrant des livres pouvant être
lus sur des ordinateurs personnels sont le fruit dabonnement
récents, effectués en 2001 dans les sept
cas recensés par Zeïneb Gharbi. "Cela
na pas affecté les achats de livres imprimés,
sauf les quelques cas où la version imprimée
nexistait pas, rapporte-t-elle. Mais ces livres
ont peu circulé: les titres les plus populaires
ont été consultés six fois seulement."
Bref, lexpérience mérite
dêtre poursuivie, mais la révolution
attendue du mode de lecture nest pas pour demain.
Et comme pour appuyer cette thèse, lordinateur
de la chercheuse a refusé de démarrer
au début de sa conférence. Zeïneb
Gharbi a dû faire sa présentation à
laide dune technologie éprouvée,
les bonnes vieilles acétates. Le numérique
na peut-être pas dit son dernier mot, mais
les supports physiques ont encore de beaux jours devant
eux.
Philippe Gauthier