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Le 16 mai 2002

Le livre électronique encore marginal

(ASP) - "Le livre électronique intéresse les bibliothécaires, mais l’instabilité des éditeurs et une offre peu adaptée aux besoin des bibliothèques universitaires, limitera encore longtemps sa diffusion. Quant aux appareils dédiés pour la lecture de livres, ils n’ont tout simplement pas leur place pour l’instant." Celle qui jette cette douche d’eau froide sur la révolution numérique tant annoncée se nomme Zeïneb Gharbi et elle est candidate au doctorat à l’Université de Montréal.

L’étudiante refuse d’ailleurs l’expression "livre numérique", qu’elle juge trop floue. On trouve en fait trois grandes catégories de textes numérisés sur le marché. Les premiers sont des textes destinés à être lus sur des ordinateurs personnels; les seconds, des textes qu’on ne peut lire que sur des appareils dédiés, conçus spécifiquement pour la lecture; et enfin les troisièmes sont de grandes collection de textes libres de droits réunis sur des sites web.

Les textes destinés aux ordinateurs personnels ont une certaine présence dans nos universités, qui se les procurent le plus souvent par abonnement. Au Québec, 7 des 18 bibliothèques du réseau CRÉPUQ auraient, selon les cas, entre 100 et 2163 titres électroniques de ce genre. Le logiciel de lecture qui les accompagne offre de l’aide à la lecture (des signets électroniques pour retrouver le passage plus tard) et à la rédaction (rédige automatiquement les notes infrapaginales).

Les appareils dédiés ont été mis à l’essai en tout et pour tout dans quatre universités aux États-Unis. On a vite constaté leurs limites. D’abord, il y a peu de titres numérisés pouvant intéresser le milieu universitaire. Ensuite, le marché est instable, les manufacturiers font faillite et se fusionnent à un rythme effréné et les standards varient sans cesse. Mais l’obstacle majeur, c’est que le fichier du livre ne peut pas être copié d’un appareil à l’autre. La gestion des titres et des appareils s’en trouve compliquée.

Au Québec, les bibliothèques universitaires offrant des livres pouvant être lus sur des ordinateurs personnels sont le fruit d’abonnement récents, effectués en 2001 dans les sept cas recensés par Zeïneb Gharbi. "Cela n’a pas affecté les achats de livres imprimés, sauf les quelques cas où la version imprimée n’existait pas, rapporte-t-elle. Mais ces livres ont peu circulé: les titres les plus populaires ont été consultés six fois seulement."

Bref, l’expérience mérite d’être poursuivie, mais la révolution attendue du mode de lecture n’est pas pour demain. Et comme pour appuyer cette thèse, l’ordinateur de la chercheuse a refusé de démarrer au début de sa conférence. Zeïneb Gharbi a dû faire sa présentation à l’aide d’une technologie éprouvée, les bonnes vieilles acétates. Le numérique n’a peut-être pas dit son dernier mot, mais les supports physiques ont encore de beaux jours devant eux.

Philippe Gauthier




Ces textes de l'Agence Science-Presse ont également été publiés chaque matin dans le bulletin Acfas Express, distribué sur le plancher du congrès.

 

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