Biodiesel: un carburant qui tarde a s'implanter au Quebec
(Agence Science-Presse) Lère du pétrole tire à sa fin et plusieurs sactivent pour trouver des carburants qui pourront en réduire lusage ou le remplacer. Le biodiesel est lun de ses carburants. Au Québec, son potentiel dutilisation est grand, mais linfrastructure et la volonté semblent faire défaut.
Ainsi, un mélange de 20 % de
biodiesel dans le diesel (B20) permet de diminuer les
émissions de tous les polluants associés
à la combustion du diesel : oxydes dazote
(NOx), particules, particules fines, hydrocarbures aromatiques
polycycliques (HAP), sulfates (SO2) et monoxyde de carbone
(CO). Pour les véhicules routiers, les réductions
atteignent de 5 à 30 %, selon le polluant
(5 % pour les NOx et 30 % pour le CO). Le biodiesel
réduit les émissions de gaz à effet
de serre (GES) et accroît les qualités lubrificatrices du diesel.
Or, après avoir réalisé
trois projets de démonstration (Biobus, Biopêche
et Biomer) depuis le début des années 2000,
le Québec en est toujours à une utilisation
très marginale de ce carburant.
Biobus et Biomer
Le projet Biobus, le plus connu, a permis
à 155 autobus de la Société de transport
de Montréal (STM) de rouler au B20, de mars 2002
à mars 2003, dans le centre-ville de Montréal.
Il a permis de réduire 1400 tonnes de gaz à
effet de serre, soit léquivalent de près
de 300 voitures roulant 20 000 kilomètres
par année. La STM voudrait étendre son utilisation
à ses 1600 autobus, mais ça bloque en raison
du coût élevé. "Il y a un
écart de 20 cents le litre entre le prix du biodiesel
et le prix du diesel, affirme Luc Tremblay, directeur
détudes, Développement technologique
à la STM. De plus, aucune entreprise au Québec
nest en mesure de fournir du B20 à notre
société" (c'est-à-dire apte
à faire le mélange biodiesel-diesel). "Nous
avons fait un appel doffres lan dernier et
nous navons eu aucune réponse."
Par ailleurs, de la mi-mai à la
mi-octobre 2005, 12 bateaux de croisières de Montréal
ont carburé au biodiesel. Dans ce cas-ci, on a
utilisé surtout du biodiesel pur (B100). Le projet,
appelé Biomer a donné dexcellents
résultats. Il a permis de grandes réductions
des GES et des polluants émis habituellement :
86 % pour les HAP, 75 % pour le SO2 et 35 %
pour le CO. "Les entreprises de croisière
se sont montrées intéressées à
utiliser le biodiesel à diverses concentrations
à condition que son prix soit concurrentiel",
affirme Nicolas Parent, chargé de projet chez Innovation
Maritime, lentreprise qui a géré le
projet. Ce qui nest pas le cas en ce moment.
Le projet Biopêche qui visait à
tester lutilisation du B100 dans un navire de pêche
de 45 pieds, durant lété 2005, a aussi
été concluant, avec une réduction
comparable de GES et de polluants.
Le biodiesel pourrait évidemment
être utilisé comme carburant dans les véhicules
routiers. Mais pour linstant, une seule station-service
en vend: la pétrolière Sonic à Saint-Hyacinthe.
Et elle nen vend que lété à
cause des risques de gel du produit! "Nous hésitons
à étendre la vente du biodiesel, car nous
craignons ne pas avoir une bonne réponse des consommateurs,
affirme François Gingras, directeur Environnement,
transport et équipement chez Sonic. M. Gingras
sait de quoi il parle : Sonic vend un autre biocarburant
- léthanol depuis 1995 - et les ventes nont
jamais décollé à cause de son prix, plus élevé que lessence.
Le Québec possède pourtant la plus grande usine de fabrication de biodiesel au pays, à Sainte-Catherine. Rothsay Biodiesel, une division des Aliments Maple Leaf, produit 750 000 tonnes métriques de biodiesel chaque année à partir de résidus (graisses animales, huiles de friture et huiles végétales non comestibles) provenant de salaisons, de boucheries, de restaurants, de supermarchés et de fermes. "Notre biodiesel est vendu à 98 % à lextérieur du Québec, surtout aux États-Unis et ailleurs au Canada", affirme Claude Bourgault, directeur de Rothsay et artisan de la technologie développée ici. La demande est si forte que Rothsay prévoit agrandir ou construire une autre usine, peut-être en Ontario.
Cest quailleurs, lusage du biodiesel est en forte croissance. Ainsi, au Canada, une trentaine de parcs de véhicules, surtout en Ontario et en Colombie-Britannique utilisent ce carburant. La Toronto Transit Commission (léquivalent de la STM) vient même de convertir ses 1500 autobus au B5. Le biodiesel est cependant appelé à se développer, selon Camil Lagacé, président directeur-général du Conseil québécois du biodiesel, surtout depuis que le gouvernement Charest a accordé, en mars 2006, un remboursement de taxes à lachat du biodiesel pur.

