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Le génocide du Darfour sous-estimé?

Agence Science-Presse, le 18 septembre 2006, 0h00

(Agence Science-Presse) Pendant que dans
les cercles politiques, on débat de l’opportunité
d’intervenir au Darfour, des scientifiques s’en
mêlent. Le génocide pourrait se chiffrer en
centaines de milliers de morts, et non en dizaines de milliers.
John Hagan et Alberto Palloni, respectivement de l’Université
Northwestern (Illinois) et de l’Université du
Wisconsin, reprochent aux estimations précédentes
–dont celle qui a l’aval du gouvernement américain–
de ne s’appuyer que sur des recensements faits dans
des zones restreintes et sur des périodes de temps
trop courtes. Les estimations précédentes,
affirment-ils, prennent pour point de départ des
taux de mortalité bruts (nombre de décès
par 100 personnes par année) et sous-estiment systématiquement
les morts violentes survenues
avant que les populations n’entrent dans les camps
de réfugiés
.

Ce qu’on appelle pudiquement la crise du Darfour
a commencé en février 2003. Le Darfour est
une région du Soudan, dans l’Est de l’Afrique,
qui vit les contrecoups d’une guerre civile qui agite
ce pays. Le gouvernement soudanais refuse d’accréditer
la thèse du génocide, ce qui rend plus difficile
le travail des organismes d’aide humanitaire et des
groupes de pression qui voudraient y envoyer des casques
bleus. Cela rend carrément impossible le calcul d’un
nombre précis de morts causés directement
ou indirectement par cette guerre.
Et ce n’est pas tout : la région a été
frappée à plusieurs reprises depuis 25 ans
par des famines et d’autres conflits armés,
faisant éclater les familles et les communautés,
rendant illusoire la tâche du statisticien qui voudrait
s’appuyer sur des " échantillons représentatifs "
de la population.
Le calcul des deux chercheurs américains, paru dans
la dernière édition de la revue américaine
Science, arrive à une fourchette de 170 000
à 255 000 morts sur une période de 31 mois
s’achevant en mai 2006. Et depuis, les massacres n’ont
pas cessé...