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Pôle Nord: des Russes sur glace

Agence Science-Presse, le 20 août 2007, 10h00

(Agence Science-Presse) Les missions de la Russie dans l’Arctique ne se limitent pas à envoyer des sous-marins larguer un petit drapeau au Pôle Nord. Voilà maintenant plus de 70 ans que des scientifiques, équipés des technologies les plus modernes, embarquent pendant plusieurs mois... sur des bancs de glace à la dérive!

Où passe la frontière, au Pôle Nord?
La Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (1982) accorde aux États une zone économique de 200 milles (325 km) à partir de leurs rivages. Mais les Nations Unies peuvent élargir ces 200 milles, si le pays peut prouver que son plateau continental s’étend assez loin. La Russie tente donc de prouver que la Crête Lomonosov, sous l’océan Arctique, est une extension du plateau continental russe.
Les Nations Unies ont fixé à mai 2009 la date limite pour recevoir les argumentaires. La Russie accumule des données géologiques depuis au moins 2001. Le Canada et le Danemark (à qui appartient le Groenland) n’ont pas encore beaucoup bougé.
L’intérêt? Certains experts vont jusqu’à suggérer que l’océan Arctique pourrait abriter 25% des ressources mondiales de pétrole.
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Pour les amateurs de sciences polaires : Ivan E. Frolov et autres, The Arctic Bassin. Results from the Russian Drifting Stations. Springer, 2005.

La page anglaise de l’Institut de recherches sur l’Arctique et l’Antarctique

Et cette année, pour la première fois, un « étranger » fait partie de la cohorte de près de 40 scientifiques qui prendront part à NP-35 (pour North Pole, 35e édition) : un Allemand, Jürgen Graeser, de l’Institut Alfred-Wegener de recherches polaires et marines. Jusque-là, seuls des Russes et des citoyens de l’ancienne Union soviétique avaient fait partie de ces expéditions.

La mission de cette année doit normalement commencer le 29 août, et durer huit mois. Ce qui signifie que, pendant huit mois, 36 hommes et femmes vivront dans des bâtiments préfabriqués, installés sur une banquise à la dérive d’environ 2 kilomètres de large et 3 kilomètres d’épaisseur.

Leur principale préoccupation : non pas que la banquise fonde sous leurs pieds... mais qu’un ours polaire décide qu’ils feraient un bon déjeuner. Tous les participants ont suivi des cours de tir à la carabine.

« Il n’y aura ni navire, ni avion, ni route prévue à l’avance, a résumé le chercheur allemand dans les pages de la revue britannique Nature, qui salue cette première participation de l’histoire d’un « non-Russe » à ce type de voyage pour le moins insolite. « Nous ne saurons jamais ce que le prochain jour apportera. »

Une vie confortable!

Le chercheur va jusqu’à dire que de travailler dans des stations de l’Arctique était devenu, ces derniers temps... « plutôt confortable »! En comparaison, s’installer sur une banquise à la dérive « représente le défi ultime. »

Les différents spécialistes travailleront, entre autres choses, à mesurer les concentrations de polluants dans l’atmosphère, à des études météorologiques, à des prises d’échantillons dans l’océan, à des recherches en glaciologie, en biologie marine...

Mais pas de géologie : autrement dit, NP-35 n’est pas équipée pour aller cueillir de nouveaux arguments à partir desquels la Russie pourrait tenter d’élargir ses prétentions territoriales (voir encadré) sur la plaque continentale qui se trouve au fond de l’océan Arctique.

La science au congélateur

La première expédition du genre remonte à 1937 : le bâtiment préfabriqué avait été installé par l’Union soviétique à 20 kilomètres du Pôle Nord et, pendant les neuf mois suivants, avait dérivé sur 2800 kilomètres. Dans les décennies suivantes, l’Union soviétique et, depuis 2003, la Russie, ont considérablement amélioré leur expertise.

De nombreuses disciplines scientifiques doivent à ces « stations à la dérive » une longue série de découvertes en géographie physique, en sciences de l’atmosphère, sur les courants marins, les mouvements des glaces, les migrations des poissons, etc. La NP-22, à elle seule, avait continué d’opérer, sans interruption, pendant neuf ans.

Autrement dit, s’il fallait prendre comme base de comparaison ces « stations à la dérive », l’expérience scientifique canadienne de l’Arctique semblerait soudain très pauvre.

Au solstice d’hiver, le 21 décembre prochain, l’expédition 2007 devrait être à proximité du Pôle Nord. Du côté russe ou canadien? Pour l’instant, seuls les courants marins le savent...