De l’électricité à la relativité, du clonage ou aux nanorobots, les découvertes et innovations scientifiques alimentent depuis longtemps les auteurs de science-fiction (SF) (ou est-ce le contraire?). Nombre d’entre eux se soucient de baser leurs récits sur des faits scientifiques véridiques ou à tout le moins, s’assurent que les lois qui régissent les univers qu’ils ont créés soient cohérentes. Certains recourent alors à un conseiller scientifique. Il semble également que la science nourrisse de plus en plus les romanciers en dehors de la SF...

À la fois chimiste, physicien, astronome et informaticien, Norman Molhant s’est au fil des années abreuvé aux magazines et revues savantes. Telle une éponge, il a tout absorbé. Véritable encyclopédie vivante, il aide depuis une douzaine d’années, des écrivains de science-fiction tels que Élisabeth Vonarburg, Jean-Claude Dunyach, Richard Canal ou Laurent Genefort à rendre cohérents et plausibles les univers surgis de leur imagination.

Contrairement aux séries, comme Star Trek, où une « bible » comportant toutes les caractéristiques des personnages, des civilisations et des technologies employées (de même qu’un lexique klingon) et à laquelle les scénaristes se réfèrent, on procède ici à rebours. « L’auteur a déjà écrit l’histoire et me demande de corriger ce qui ne fonctionne pas sans toucher au récit. Il me faut trouver une façon de le rendre cohérent scientifiquement. »

Monsieur Molhant ne compte pas vraiment de « clients » en dehors de la SF. « Les auteurs qui veulent un décor convenable sont des gens intéressés par les sciences ». Il fait d’ailleurs remarquer que ceux-ci préfèrent presque tous la science-fiction. Pour quelle raison? « Parce que la SF est un moyen de proposer des alternatives». Embrassant tous les styles, elle présente des utopies. « La plupart des auteurs préfèrent proposer des univers améliorés. Ce qui leur permet à la fois de dénoncer un problème et de proposer une solution. Or, il faut que le moyen suggéré tienne la route. Asimov disait d’ailleurs qu’on avait droit à une invraisemblance par histoire. On ne peut pas se permettre de les empiler sous peine de voir le lecteur décrocher. »

Même si la SF demeure un véhicule privilégié pour surfer sur les concepts scientifiques, on retrouve tout de même de plus en plus de science dans le roman en général que ce soit en tant que toile de fond ou commentaire. Mario Tessier, astronome, historien et auteur du thriller paléontologique Le regard du trilobite, fait observer que des romanciers, tel Harry Mulisch, utilisent la science dans le cadre d'une réflexion philosophique alors que d’autres comme Jean-Pierre Luminet, en font des romans à caractère historique et semi-pédagogique... sans compter le thriller technologique, genre que privilégient, Dan Brown, Michael Crichton et cie.

Toutefois, si certains savants (Hawking, Luminet) se lancent dans l’aventure de l’écriture, M. Tessier ne pense pas que les auteurs de romans populaires, en général, soient plus compétents en science qu'auparavant. Il s’agit de faire ses devoirs et de bien se documenter (ou encore de demander conseil à M. Molhant!) Il croit par contre « qu'ils saisissent mieux l'importance de la technologie et de la science pour notre interprétation du monde. » Selon lui, ces romanciers récolteraient aujourd’hui les fruits du travail de fond effectué par les écrivains de SF. « En exploitant certains thèmes, ils les ont fait passer dans la culture populaire et on peut maintenant en parler sans se ridiculiser. »

Les romans à saveur scientifique pourraient-ils s’avérer bénéfiques pour la diffusion de la science? Difficile de l’évaluer. Une chose est sûre, l’ingrédient semble avoir bon goût puisque, selon M. Tessier, ces romans (de littérature générale) sont assez souvent bien reçus par la critique, tandis que nombre de techno-thrillers font un tabac en librairie. Ces romans « servent à amorcer une conversation entre les adeptes des humanités et ceux des sciences dures. En un sens, ils comblent le fossé qu'il y a entre ces deux cultures qui se parlent rarement », se réjouit-il. La science et la technologie seraient ainsi devenues des thèmes légitimes pour la littérature, et donc, dignes de devenir des oeuvres d’art.

Suggestions de romans récents au parfum de science Préparées à l’aide de la liste de discussion SF-Boréal et du journal Le Libraire

Traité de balistique d'Alexandre Bourbaki, Alto, 2006. L’histoire de la science-moderne en dix-neuf récits et quelques images sur le mode scientifico-poético-comique.

Les mémoires d'Elizabeth Frankenstein de Theodore Roszak, Le Cherche midi, 2007. La vie – imaginée par l’auteur — d’Elizabeth, la femme de Victor Frankenstein, à travers son journal intime. Réflexions sur le féminisme et les dérives de la science.

L'ami de Galilée de Isaia Iannaccon, Stock, 2006. Dans cette biographie romancée, mais très documentée, un savant allemand, appelé Terrentius, jésuite de surcroît, s'exile en Chine où on lui propose de réformer le calendrier. Mais l’Inquisition le suit à la trace.

Spin de Robert de Charles Wilson, Denoël, 2007 Une nuit, les étoiles disparaissent du ciel. La Terre est ceinturée d'un mystérieux bouclier à l'extérieur duquel le temps file à toute vitesse. Trois enfants cherchent à comprendre. Où chercher des réponses, dans la religion ou la science?

Georges et les secrets de l'univers de Lucy et Stephen Hawking, Pocket jeunesse, 2007. La vie de Georges bascule au contact de ses nouveaux voisins - Annie et son père, un scientifique. Cosmos, leur superordinateur leur permet de voyager aux confins de l’univers. Mais un savant mal intentionné a décidé de le voler... Premier tome d’une trilogie destinée à la jeunesse, concocté par un astrophysicien émérite.

Les chefs-d'oeuvre de H. G. Wells (1866-1946), Omnibus/SF, 2007. Renouez avec La machine à explorer le temps, La guerre des mondes, L'homme invisible et L'île du Docteur Moreau, et découvrez les onze nouvelles moins connues d’un des pères de la science-fiction moderne.

Le Premier Cercle de Alexandre Soljenitsyne, éd. Robert Laffont/Pavillons Poche, 2007 Rédigé entre1955 et 1958, interdit en U.R.S.S., ce roman raconte quatre jours de décembre 1949 vécus par des scientifiques. Emprisonnés dans un camp spécial, ils doivent travailler pour le progrès technologique de l'URSS.

La conspiration Darwin de John Darnton, M. Lafon, 2006. Deux jeunes chercheurs tentent de faire la lumière sur la genèse de la théorie de l'évolution. Au menu : soif de pouvoir, vengeance et science corrompue. Les amateurs d'intrigues et de romans historiques seront servis.

Bleu de Sèvres, 1759-1769, Jean-Paul Desprat, Points, 2007. 1759-1769 en France, la marquise de Pompadour a entrepris de découvrir le secret de fabrication de la porcelaine de Sèvres pour disqualifier celle de Saxe. Un beau cas d'espionnage industriel savamment rendu.

Les Arpenteurs du monde de Daniel Kehlmann, Éd. Actes Sud, 2007. Deux savants du XIXe siècle, le géologue-botaniste Alexander von Humbold et le « prince des mathématiciens », Carl Friedrich Gauss joignent leurs efforts pour mesurer l'univers. Un récit loufoque entremêlant passion et érudition.

Le secret de Copernic de Jean-Pierre Luminet, J.-C. Lattès, 2006. Dans ce premier tome de la série, Les bâtisseurs du ciel, l’astrophysicien et romancier, Jean-Pierre Luminet raconte la vie du savant polonais qui a placé le Soleil au centre de notre univers.

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