Les routes de l'Arctique sont ouvertes
(Agence Science-Presse) Ça y est, le Passage du Nord-Ouest est ouvert. Ainsi que son équivalent du côté russe. Autrement dit, à partir de maintenant et jusqu’à la fin de l’été, il est possible, pour la première fois depuis au moins un siècle, de naviguer d’un côté comme de l’autre de l’océan Arctique.
Ne pas confondre...
Naviguer dans l’océan Arctique et naviguer au Pôle Nord : l’Arctique est immense, et même un bateau naviguant entre les îles canadiennes ne pourrait pas se rendre au Pôle Nord (voyez la zone couverte de glace sur la photo). Par ailleurs, si vous avez lu dans la presse des manchettes affirmant que le Pôle Nord était une « île » d’eau pour la première fois depuis 125 000 ans, les experts jugent cela prématuré : le dernier réchauffement dans la région a eu lieu il y a 8 à 10 000 ans.
Passage libre de glace et absence de glace : qu’un passage soit ouvert ne signifie pas absence de glace cet hiver. Mais une ouverture de plusieurs semaines sera déjà une révolution pour le transport : une compagnie allemande veut effectuer sa liaison avec le Japon, l’an prochain, par le Passage du Nord-Est, s’épargnant 7000 km.
Le mois dernier, les autorités canadienne —le Service canadien des glaces— et américaine avaient confirmé que le légendaire Passage du Nord-Ouest —une route navigable à travers l’océan arctique, passant entre les îles de l’archipel canadien, jusqu’à l’Alaska— était libre de glace. Mais vendredi dernier, 5 septembre, c’est de l’autre côté du Pôle Nord qu’est venue l’annonce-surprise : images satellites à l’appui, le Centre américain des glaces a confirmé que, comme l’avaient affirmé Européens et Russes, le « Passage du Nord-Est », longeant l’extrême Nord de ce continent, était lui aussi ouvert.
Certes, il ne le sera plus lorsque l’hiver reprendra ses droits, dans quelques semaines. Mais c’est la première fois depuis un siècle, et sans doute davantage, que les deux passages sont ouverts en même temps. Pour le Passage du Nord-Ouest, ce n’est en fait que la deuxième fois depuis qu’on effectue de telles observations... sauf que la fois précédente, c’était l’an dernier!
Un présage des temps à venir? Certains y croient, puisque du 7 au 9 septembre, étaient réunis en Islande une quarantaine d’experts légaux, pour discuter des nouveaux enjeux des régions polaires. Au menu : le risque d’un afflux de touristes, comme l’Antarctique y a droit depuis quelques années, la pêche dans des zones territoriales contestées, en dépit de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, et bien sûr, le pétrole. « Est-ce qu’on fait face à tout cela avec les lois existantes ou si on doit créer un nouveau cadre pour les régions polaires », demande l’Américain David Leary, co-organisateur de la conférence.
La gouverneure de l’Alaska, qui se trouve aussi à être candidate à la vice-présidence des États-Unis, s’est clairement prononcée en faveur de l’exploitation pétrolière dans la Réserve faunique de l’Arctique.
Un nouveau monde
Ces routes s’ouvrent aussi alors que, ces dernières années, les calottes glaciaires rattachées en tout ou en partie aux continents s’effritent; il en était justement question ici il y a quelques jours. Le couvert de glace sur l’océan diminue lui aussi : l’an dernier, il avait atteint un minimum record de 4,13 millions de km2 le 16 septembre 2007. La semaine dernière, au 3 septembre, on en était à 4,85 millions, et ça diminuait de jour en jour: l'Arctique était en bonne position pour égaler (ou battre?) son record de 2007.
Dans la capitale du territoire du Nunavut, Iqaluit, au Sud de la Terre de Baffin, on a enregistré à la fin juillet une température record : 26,8 degrés Celsius. C’était plus chaud qu’à Montréal!
Comme l’écrit le journaliste scientifique Andrew Revkin, du New York Times : il est fort possible que vos petits-enfants grandiront dans un monde où le mot « Arctique » n’aura plus du tout la même signification. Un océan comme un autre, plutôt qu’un territoire glacé et inhospitalier.

