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Nobel de médecine 2008

La revanche de Luc Montagnier

Agence Science-Presse, le 6 octobre 2008, 11h00

(Agence Science-Presse) L’opinion publique avait dit de lui, il y a un quart de siècle, qu’il s’était fait « voler » sa découverte du virus du sida. Que la controverse américano-française qui s’en était ensuivie l’avait à jamais délogé de la course au Nobel. À 76 ans, Luc Montagnier vient d’obtenir sa récompense.

Luc Montagnier: est aujourd’hui directeur de la Fondation mondiale pour la recherche et le prévention sur le sida, à Paris. Il a travaillé 30 ans à l’Institut Pasteur , là où a été isolé le virus du sida.

Françoise Barré-Sinoussi : est aujourd’hui directrice du laboratoire de régulation des infections rétrovirales, à l’Institut Pasteur de Paris.

Harald zur Hausen : est aujourd’hui professeur émérite et directeur scientifique de l’Institut de recherche sur le cancer à Heidelberg, Allemagne.

Le communiqué du Comité Nobel

Le Chicago Tribune en profite pour re-publier son enquête approfondie de 1995 sur la controverse Gallo.

Et pas seulement lui : le public connaît moins sa collègue Françoise Barré-Sinoussi, 61 ans, qui serait celle-là même qui a isolé ce virus en 1983. Alors chercheure depuis huit ans à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale sur les relations rétrovirus-cancers, elle est recrutée par Montagnier pour travailler sur « une nouvelle infection » alors inconnue. En compagnie de Jean-Claude Chermann, ils isolent le 20 janvier 1983 un virus qu’ils appellent LAV (Lymphadenopathy associated virus). Les résultats paraissent dans Science en mai 1983.

Dès janvier toutefois, comme il faut agir vite —le sida est devenu une hantise mondiale et on ignore encore tout de son mode de transmission— l’équipe française envoie à ses collègues américains, dirigés par le célèbre Robert Gallo, des échantillons. Les Américains s’empêtrent alors sur une fausse piste et croient avoir eux aussi isolé le virus du sida, qu’ils baptisent à l’automne 1983, HTLV-III. Il s’avèrera plus tard qu’il s’agit du même virus, provenant de la même personne, initialement isolé par les Français.

Mais le mal est fait : les Américains travaillent à minimiser l’apport des Français, les médias se mettent de la partie... Il s’ensuit une polémique politique entre les deux pays, où la dimension scientifique prend le dessous. Le tout s’achève en décembre 1987 par une entente politique sur les (lucratives) redevances sur les tests de dépistage, partagées à parts égales entre les deux « découvreurs ».

Dans son communiqué publié lundi matin, le Comité Nobel ne nomme nulle part Robert Gallo. Rejoint par l’agence AP, Gallo s’est dit « déçu » mais a ajouté que les trois scientifiques méritaient cette récompense.

Des virus responsables de cancers?

Le troisième membre du trio gagnant du Nobel de médecine 2008, l’Allemand Harald zur Hausen, 72 ans, n’a rien à voir avec le VIH, le virus responsable du sida, mais son choix souligne le contexte scientifique plus large dans lequel cette découverte s’était faite : la recherche d’un lien entre des virus et certains cancers.

Dans les années 1970, de nombreux laboratoires à travers le monde s’étaient lancés sur la piste des rétrovirus : des « virus à ARN », ainsi nommés parce qu’ils peuvent transformer leur code génétique de telle façon qu’ils s’infiltrent plus facilement dans les cellules. C’est alors à une course frénétique au cancer qu’on assiste entre les laboratoires, frénésie qui n’est pas étrangère à la controverse Montagnier-Gallo : Gallo accumule les succès dans les années 1970, Montagnier, fondateur du département de virologie à l’Institut Pasteur en 1972, travaille dans l’ombre. Gallo, lit-on sur cette page d’histoire, symbolise l’hégémonie américaine, que nul ne songerait à ravir.

Or, pendant ce temps, le Dr zur Hausen suit lui aussi la piste virus-cancer. Dans les années 1970, ce chercheur en virologie se concentre sur le cancer du col de l’utérus —le deuxième cancer le plus fréquent chez les femmes— émettant l’hypothèse qu’il est causé par un virus proche de celui déclenchant les verrues —à l’encontre du dogme de l’époque, écrit le Comité Nobel.

En 1983, il isole deux formes de virus du papillome humain (VPH) à l’origine du cancer du col de l’utérus. De tous les virus transmis sexuellement, c’est le plus fréquent. De cela découleront une meilleure connaissance des mécanismes de cette infection, des tests de dépistage et des vaccins.

C’est de cette découverte que découle directement aujourd’hui, la recommandation des médecins de vacciner systématiquement les pré-adolescentes contre ces virus (voir ce texte), avant qu’elles n’aient eu leurs premières relations sexuelles.

VIH et VPH: deux acronymes qui, pour longtemps encore, resteront une illustration des carrefours, pas toujours réjouissants, entre politique, société et science.

Pascal Lapointe

8 commentaires

Portrait de Joël Ledoux

Bonjour,
À la recherche d'informations sur les chercheurs français, j'en suis venu à la lecture de l'article publié ici, dont les commentaires le suivant m'ont amenés à douter de sa valeur. Pourquoi ne pas apporter les corrections(si, en effet, elles doivent être apportées) directement DANS l'article, plutôt que de tenter une deuxième version dans la section commentaire?

Joël F. Ledoux, étudiant québécois

Portrait de Jean Dessureault

7 oct. 2008 12h11 AM (fautes de français de mon envoi #1 maintenant corrigées)

Bonjour M.Lapointe,

« Dans les années 1970, de nombreux laboratoires à travers le monde s’étaient lancés sur la piste des rétrovirus : des « virus à ADN », ainsi nommés parce qu’ils peuvent transformer leur code génétique de telle façon qu’ils s’infiltrent plus facilement dans les cellules. »

Cette phrase parle évidemment des rétrovirus. Les rétrovirus ne sont jamais des virus à ADN, mais toujours des virus à ARN.

L'autre partie de la phrase: " ainsi nommées parce....",
je ne comprends pas cette affirmation du tout, elle me semble être incorrecte. Cette partie de phrase parle-t-elle des virus à ADN ou des virus à ARN ? (les rétrovirus sont des virus à ARN)

Et pour l'infiltration dans les cellules, cela ne fait pas de sens.

Pourriez-vous m'envoyer la référence d'où ont été tirées ces notions, à mon adresse courriel s.v.p., je cherche à savoir ce que l'auteur dit. Avec d'excellentes connaissances en biologie moléculaire et en virologie, je ne peux comprendre cette phrase qui même s'il s'agit d'une simplification, ne marche pas.

Les virus du papillome, plus loin dans l'article, sont pour leur part des virus à ADN.

Merci beaucoup pour la référence que j'attends.

Jean Dessureault B.Sc. M.Sc.
biochimiste-microbiologiste.

7 oct. 2008 12h07 AM (fautes de français de mon envoi #1 maintenant corrigées)

N.B. Le matériel génétique du VIH est en ARN. Pour s’intégrer au matériel génétique humain, le VIH doit se convertir en ADN. On appelle la transcription d’ARN en ADN transcription inverse (à l’envers) parce c’est toujours toujours l’ADN qui est transcrit en ARN dans le monde vivant sauf pour les rétrovirus qui peuvent aller de l’ARN à l’ADN, donc à l’envers, raison pour laquelle ils se nomment rétrovirus (rétro = à l’envers) .

Portrait de Jean Dessureault

Bonjour M.Lapointe,

Dans les années 1970, de nombreux laboratoires à travers le monde s’étaient lancés sur la piste des rétrovirus : des « virus à ADN », ainsi nommés parce qu’ils peuvent transformer leur code génétique de telle façon qu’ils s’infiltrent plus facilement dans les cellules.

Cette phrase parle évidemment des rétrovirus. Les rétrovirus ne sont jamais de virus à ADN, mais toujours des virus à ARN.

L'autre partie de la phrase: " ainsi nommées parce....",
je ne comprends pas cette affirmation du tout, elle ne semble être incorrecte. Cette partie de phrase parle-t-elle des virus à ADN ou des virus à ARN ? (les rétrovirus sont des virus à ARN)

Et pour l'infiltration dans les cellules, cela ne fait pas de sens.

Pourriez-vous m'envoyer la référence d'où ont été tirés ces notions, à mon adresse courriel s.v.p., je cherche à savoir ce que l'auteur dit. Avec d'excellente connaissance en biologie moléculaire et en virologie, je ne peut comprendre cette phrase qui même s'il s'agit d'une simplification, ne marche pas.

Les virus du papillome, plus loin dans l'article, sont pour leur part des virus à ADN.

Merci beaucoup pour la référence que j'attends.

Jean Dessureault B.Sc. M.Sc.
biochimiste-microbiologiste.

7 oct. 2008 11h16 AM

Le matériel génétique du VIH est en ARN. Pour s’intégrer au matériel génétique humain, le VIH doit se convertir en ADN. On appelle la transcription d’ARN en ADN transcription inverse (à l’envers) parce c’est toujours toujours l’ADN qui est transcrit en ARN dans le monde vivant sauf pour les rétrovirus qui peuvent aller de l’ARN à l’ADN, donc à l’envers, raison pour laquelle ils se nomment rétrovirus (rétro = à l’envers) .

Portrait de Enro

Dans les premiers paragraphes, lire "1983" au lieu de "2003"...