Vous avez dit science citoyenne?
(Agence Science-Presse) Utilisée à toutes les sauces, l’expression « science citoyenne » est apparue de l’autre côté de l’Atlantique au début des années 2000. Plus précisément en 2002, lors de la création de la Fondation Sciences citoyennes, à Paris. Espérant faciliter les discussions entre experts de la science et néophytes en la matière, la science citoyenne se décline en soirées thématiques, conférences, sessions de formation et bars des sciences. Pour tous les goûts!
Au Québec, la création de cet espace de dialogue entre science et société par des scientifiques et des citoyens va bon train. Des événements ponctuels sont organisés, mais d’autres sont aussi récurrents. En entrevue à Je vote pour la science la semaine dernière, Emmanuelle Trottier, conseillère en éthique de la Commission de l’éthique de la science et de la technologie, mentionnait que tous les deux ans depuis 2005 était organisée une conférence consensus avec des jeunes du cégep. Après le plagiat électronique et le neuromarketing, voici que les cégépiens se pencheront cette année sur la cyberintimidation. S’inspirant du Parlement jeunesse du Québec, ces conférences veulent « intéresser concrètement les jeunes aux enjeux éthiques des applications de la science et de la technologie. »
Et les discussions sont prises très au sérieux. Non seulement par les jeunes, mais aussi par les décideurs. « Le ministère de l’Éducation, celui de la Sécurité publique et la Sûreté du Québec sont intéressés de connaître les constats des jeunes quant à la cyberintimidation pour pouvoir agir de façon préventive. »
Les citoyens sont aussi mis à contribution sur le terrain! Anaïs Boutin, biologiste et écoconseillère à Éco-nature du Parc de la Rivière-des-Mille-Îles, a expliqué que 130 riverains de l’île St-Joseph avaient été sollicités en 2006 pour recueillir des informations sur les tortues d’eau douce du parc. Les observations des citoyens ont servi à alimenter l’AARQ, l’Atlas des amphibiens et des reptiles du Québec. Cette contribution « augmente significativement les données d’occurrence des espèces de la rivière des Mille-Îles. » De plus, Mme Boutin a souligné que les observations des citoyens ont aidé à l’élaboration du plan de conservation pour la tortue géographique, une espèce menacée.
Selon François-Pierre Gauvin du Centre de collaboration nationale sur les politiques publiques et la santé, la participation citoyenne s’accroîtra probablement dans le domaine scientifique. « C’est prometteur comme expérience pour créer des ponts entre le monde de la science et le monde de prises de décisions. »


Je signale la parution en 2009 du livre Aux sciences, citoyens! Expériences et méthodes de consultation sur les enjeux scientifiques de notre temps, sous la direction de Léonore Pion et Florence Piron, une publication de lnstitut du nouveau monde aux Presses de l'Université de Montréal.
Je signale aussi la naissance du blogue "Commission citoyenne de la recherche scientifique": un carrefour d'information sur l'économie du savoir, le métier de chercheur, l'éthique des sciences et la démocratie scientifique. Il propose des liens vers des articles scientifiques ou journalistiques, des livres, des énoncés de politique, des nouvelles scientifiques, des billets de blogue, des organisations, etc. Cette information est destinée à nourrir la compréhension de la recherche scientifique telle qu'elle est pratiquée dans le monde actuel. Une compréhension ainsi accrue pourra rendre les citoyens bien plus exigeants envers les chercheurs, leurs établissements et les pouvoirs publics responsables de la science. Ainsi apparaîtra plus clairement ce que pourrait être une science d'intérêt public.