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Le triomphe du sans-papier

Danny Raymond, le 5 octobre 2009, 11h00

(Agence Science-Presse) Avec l’arrivée du papiel (papier électronique), le contenu numérique connaît une véritable révolution. Les jeux vidéo, la musique, le son, l’image et le texte gravitent maintenant sans résistance du téléphone intelligent au baladeur, en passant par les consoles de jeux et les ordinateurs reliés par Internet. Bienvenue dans l’univers du tout numérique.

C’est du moins la vision présentée par les spécialistes de l’industrie et de la recherche réunis récemment à l’UQAM lors d’un colloque intitulé Les lecteurs électroniques mobiles, les jeux vidéo et les médias interactifs, dans le cadre des Assises internationales de l’imprimé et du livre électronique de Montréal.

« On peut commencer la lecture d’un livre électronique au café, la poursuivre sur son téléphone portable dans l’autobus et la reprendre sur son baladeur à disque dur, le soir. » Pour Jean-Pierre Faucher, consultant en jeux vidéo et médias interactifs, il faut maintenant associer au concept de mobilité celui de l’ubiquité. Du contenu présent sur toutes les plateformes à la fois.

Pour concevoir tout ce contenu, l’industrie a donc besoin d’une armée de concepteurs, de designers graphiques d’autres artisans spécialisés, soutient Jérôme Dumont, de l’École nationale en divertissement interactif. « La demande est exponentielle avec 48 millions de clients potentiels »

Si les clients sont au rendez-vous, l’offre l’est tout autant. On n’a qu’à penser aux applications compatibles avec le iPod touch ou le iPhone d’Apple. Des produits géniaux, poursuit René Godbout, président de ZenData Marketing, dont l’effervescence est comparable à celle des années 1990. « Aujourd’hui comme à cette époque, deux amis peuvent concevoir un petit programme dans leur sous-sol en deux jours, explique-t-il. Et trois mois plus tard, l’application aura fait le tour de la terre grâce au logiciel iTunes. »

Interactivité, ubiquité, mobilité, des possibilités exploitées par toutes les plateformes sauf le livre électronique, qui peine à combler les attentes à ce stade-ci. La lecture sur support numérique est contre-intuitive, contrairement au support-papier, soutient Pierre-Alexandre Lapointe, directeur de Yu Centrik, une entreprise spécialisée en ergonomie. Selon lui, la luminosité des écrans LCD diminue de 30 % la vitesse de lecture et diminue la faculté d’assimiler efficacement l’information.

Des contraintes compensées par une capacité de stockage importante et l’interaction sur l’écran, fait-il remarquer. « Avec l’habitude, les utilisateurs développent des stratégies de lecture plus efficaces, surtout les jeunes. L’interface permet de balayer rapidement les informations, la comparaison des documents entre eux et enfin, de faciliter la lecture non linéaire »

Des éléments très importants à respecter par les éditeurs et distributeurs de livres en ligne signale Guillaume Monteux, fondateur de la maison d’édition française en ligne Milibris. Le prix et l’ergonomie de lecture sont au centre de ses préoccupations.

Et de celles des clients également, qui selon les chiffres avancés par M. Monteux, se disent prêts à seulement 19 % à acheter des livres numériques.

Tous les panélistes s’entendent sur le potentiel commercial de cette mutation numérique. Mais une question brûle toutes les lèvres. Si les éditeurs accaparent le marché – et les dollars – du livre électronique, comment l’industrie a-t-elle prévu inclure la production et la diffusion des auteurs indépendants? Silence radio.

Avant de consacrer le triomphe du sans-papier, il faut d’abord espérer que les leçons du piratage en ligne et l’affrontement entre les producteurs de contenu et les artistes puissent bien servir à quelque chose…

1 commentaire

Portrait de Serge-André Guay

Bonjour,

Vous écrivez : «Tous les panélistes s’entendent sur le potentiel commercial de cette mutation numérique. Mais une question brûle toutes les lèvres. Si les éditeurs accaparent le marché – et les dollars – du livre électronique, comment l’industrie a-t-elle prévu inclure la production et la diffusion des auteurs indépendants? Silence radio.»

La Fondation littéraire Fleur de Lys, pionnier québécois de l'édition en ligne numérique et papier avec impression à la demande, se veut une alternative à l'édition traditionnelle, ouverte à tous les auteurs indépendants.

Je ne sais pas exactement ce que vous entendez par «auteurs indépendants» mais si vous faites allusion aux auteurs autoédités, sachez que nous avons profiter des Assises internationales de l’imprimé et du livre électronique de Montréal pour annoncer notre projet d'une plateforme d'autoédition québécoise pour contrer l'américaine LULU.COM.

Enfin, je crois qu'il faut très nettement distinguer deux nouveaux mondes du livre, celui engendré par l'extension numérique de l'industrie traditionnelle du livre, et celui né du numérique, de l'Internet et de l'impression à la demande. Chacun de ces deux mondes a ses propres règles et ses propres moyens. Le premier vise essentiellement à produire sous format numérique ce qu'il a déjà édité sur support papier. Le second vise à démocratiser l'accès à l'édition face à l'industrie traditionnelle du livre qui refuse plus de 90% des manuscrits soumis à son attention par nos auteurs.

Au Québec, il y a actuellement à peine 1,000 livres de l'industrie traditionnelle disponibles en format numérique tandis que notre fondation en offre à elle seule près de 250. Nous sommes encore loin de la domination de l'industrie traditionnelle sur les auteurs indépendants. Qui plus est, l'industrie traditionnelle a tendance à offrir ses exemplaires numériques à un prix trop élevé (75% du prix de l'exemplaire papier) et on trouve même des exemplaires numériques au même prix que l'exemplaire papier. Bref, l'industrie traditionnelle du livre risque fort de brûler le marché québécois des exemplaires numériques avec des prix aussi élevés.

L'acheteur québécois d'un livre électronique (appareil de lecture portable) délaissera vite l'offre numérique de l'industrie traditionnelle du livre québécois au profit d'autres sources d'approvisionnement en exemplaires numériques. Par exemple, notre fondation offre les exemplaires numériques de se livres à un prix fixe de 7.00$, sans compter que plusieurs de nos auteurs offrent déjà gratuitement l'exemplaire numérique de leurs livres. Et on compte par milliers les offres d'exemplaires numériques gratuits sur Internet. Je doute sérieusement que le lecteur québécois achète l'exemplaire numérique d'un best-seller papier d'un auteur d'ici à 75% du prix voire au même prix de vente que le papier. Il voudra tout d'abord rentabiliser l'achat de son livre électronique (quelques centaines de dollars) avant de se pencher sur la possibilité d'acheter à 75% du prix papier des œuvres d'ici. Et pour ce faire, plusieurs se tourneront vers les auteurs et les éditeurs indépendants de l'industrie traditionnelle du livre.

Serge-André Guay, président
Fondation littéraire Fleur de Lys