Entre les premières conférences sur le climat et Copenhague, le 7 décembre prochain, il n’y a pas que les connaissances scientifiques qui ont évolué. En 20 ans, les livres ont évolué au point où on est passé d’ouvrages sur le climat en général à des livres qui, tout en visant le grand public, se font étonnamment pointus.

Bien qu’on puisse retracer les racines de la vulgarisation des problèmes environnementaux jusqu’à 1962 avec Rachel Carson (The Silent Spring), le premier livre de vulgarisation consacré spécifiquement au climat est probablement celui du journaliste Bill McKibben, en 1989 (The End of Nature). C’est le même Bill McKibben qui, il y a deux ans, est devenu le porte-étendard de l’initiative internationale 350.

The End of Nature et un autre pionnier, Global Warming : The Complete Briefing de John Houghton (1994), ont mobilisé les lecteurs avides d’en savoir plus tandis que s’amorçaient les premières méga-conférences des Nations Unies sur les changements climatiques (celle de Rio en 1992), que le GIEC commençait à faire parler de ses rapports dans les médias et qu’on s’acheminait vers un premier traité international. En français, le Québécois Claude Villeneuve publie la première édition de son guide Vivre les changements climatiques en 2001.

C’est avec l’arrivée du Protocole de Kyoto en 1998, c’est-à-dire cet instant où, pour la première fois, une pression internationale commence à se faire sentir sur les gouvernements, que les auteurs commencent à se spécialiser. Le géologue américain Richard Alley réussit par exemple en 2000 ce qui aurait été considéré un tour de force 10 ans plus tôt : écrire un best-seller qui parle de l’évolution des climats... du passé (The Two-Mile Time Machine). Et inciter le citoyen à « l’action individuelle » devient en soi une spécialisation, de How We Can Save the Planet de Mayer Hillman (2004) à Climate Change Begins at Home de David Reay (2005).

De là, il n’y a qu’un pas jusqu’à l’activiste, voire le polémiste, comne l’auteur britannique George Monbiot qui, dans Heat. How to Stop the Planet Burning (2006), réclame une réduction de 90% des gaz à effet de serre.

Mais ils sont tous balayés par la tempête Une vérité qui dérange, en 2006. Le livre et surtout le film d’Al Gore réussissent là où aucun autre n’a réussi : mobiliser des gens de tous les horizons, faire tomber les dernières réticences de certains médias à considérer les changements climatiques comme un sujet digne d’intérêt, convaincre qu’il ne s’agit plus uniquement d’un débat d’experts... Aux États-Unis, son boulet est toutefois Al Gore lui-même : identifié au parti démocrate, il réussit à mobiliser les républicains... contre lui.

Effet Al Gore? En 2007, un livre sur les impacts économiques des changements climatiques, sujet ardu entre tous, se hisse à son tour parmi les best-sellers, et pas n’importe quel livre : un rapport commandé par le gouvernement britannique à son économiste en chef, Nicholas Stern. Même une partie de l’édition 2007 des volumineux rapports du GIEC (Groupe des Nations Unies sur les changements climatiques, le IPCC Assessment Report) passe des bibliothèques de chercheurs aux chaînes de libraires. Rachel Carson n’en serait pas revenue...