Dans la course à l’emploi, les femmes immigrées occupent la queue de peloton. Elles combinent immigration et féminité, deux obstacles majeurs sur le marché actuel de l’emploi.

« Celles qui réussissent le mieux sont les célibataires et celles sans enfant », avance Marie-Thérèse Chicha, professeure titulaire à l’École de relations industrielles de l’Université de Montréal.

Cette chercheuse s’est récemment intéressée au parcours d’insertion d’immigrées hautement qualifiées à Montréal, possédant une formation en médecine ou dans d’autres professions libérales. « Elles possèdent des diplômes universitaires, mais décrochent des emplois qui n’en nécessitent pas, ce qui contribue à leur faire perdre leurs habiletés professionnelles. » Sur les 44 participantes à son étude, seul un tiers (32 %) des femmes possèdent – ou possèderont bientôt — un emploi correspondant à leur qualification.

Le parcours de ces femmes s’avère aussi parsemé d’embûches : réseau social déficient, manque d’expérience québécoise, sans compter une forte discrimination à l’emploi. Pourtant, le problème commence à la maison, précise la chercheuse. « La priorité est souvent donnée à l’homme dans la recherche d’emploi, tandis que la femme reste à la maison. Et cela, même si les deux ont les mêmes expériences de travail. »

De déqualifiées à disqualifiées

L’exigence d’une expérience québécoise constitue un frein pour les nouveaux arrivés dont les diplômes ne sont souvent pas reconnus par les ordres professionnels de leur société d’accueil.

L’Ordre des médecins du Québec est particulièrement pointé du doigt par la chercheuse avec ses examens coûteux et difficiles couplés à son manque de places en résidence. Tandis que l’Ordre des chimistes du Québec comptabilise l’expérience acquise à l’étranger.

Cependant, acquérir un diplôme québécois ne règle pas toujours les choses. Les femmes immigrées ne parviennent généralement pas à se bâtir un réseau utile et perdent souvent leurs habiletés liées à leur diplôme d’origine. « Quand tu as cueilli des pommes pendant cinq ans, c’est plus difficile de se placer », précise la chercheuse.

Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, la Commission Bouchard-Taylor avec sa promotion des accommodations raisonnables n’a pas eu les fruits escomptés. « Elle a beaucoup nui à l’embauche des personnes immigrées ». Les employeurs, avec leur manque d’ouverture d’esprit, trouvent souvent plus simple d’embaucher des Québécois de souche.

La déqualification touche, non seulement ces femmes, mais l’ensemble des immigrés. Elle engendre aussi des répercussions dans leurs vies personnelles. « Elle sépare les couples. Souvent l’homme retourne dans son pays d’origine pour retrouver un travail qualifié tandis que la femme reste avec les enfants pour assurer leur avenir », explique la chercheuse.

Pour en savoir plus

Le mirage de l’égalité : Les immigrées hautement qualifiées à Montréal par Marie-Thérèse Chicha, rapport de recherche déposé à la Fondation canadienne des relations raciales en septembre 2009