Le Diagnostic de Copenhague, dévoilé la semaine dernière en prévision de vous-savez-quoi, n’est pas une nouvelle, aux yeux de ceux qui suivent les derniers développements en climatologie : le Diagnostic ne fait que confirmer combien, dans cette volonté d’avoir un « consensus », certaines publications scientifiques sont en retard de quelques années sur les données...

Le réchauffement en Arctique et en Antarctique? Oui, disent les auteurs, mais il se produit plus rapidement que ce qui avait été écrit en 2007 dans la dernière édition du rapport du GIEC, le Groupe des Nations Unies sur les changements climatiques. La hausse du niveau des mers? Oui, mais si les connaissances récentes en glaciologie sont exactes, la hausse pourrait se faire plus vite que prévu. Le réchauffement? Même chose : la soi-disant « stabilisation » des températures depuis 10 ans est non seulement en phase avec les prévisions à plus long terme, mais en plus, le fait que notre Soleil vienne de passer au travers d’une période d’activité minimale, sans que la Terre ne se refroidisse pour autant, témoigne que les forces qui poussent au réchauffement continuent de travailler.

En bref : le scénario du pire évoqué dans les scénarios du GIEC pourrait ne même pas être assez réaliste.

Mais de combien, là est la grosse question. D’autres chercheurs préfèrent souligner que ce qui a changé depuis 2007, c’est que le portrait est devenu plus complexe. « Les choses ont empiré depuis les années 1970 et 1980 », résume par exemple le climatologue de l’Université Stanford Stephen Schneider, « mais l’expression pire que GIEC 2007 n’est vraie que pour quelques éléments ».

Ce qui pose toute la question du message à envoyer au public : tous les climatologues s’entendent pour dire que le réchauffement constitue un réel danger pour notre avenir, mais peu s’entendent sur la façon de communiquer ce sentiment d’urgence.

Ainsi, le Diagnostic de Copenhague, signé par 26 scientifiques de 7 pays, est un de ces moyens. Ce n’est pas une étude, mais une synthèse d’études parues ces dernières années, avec une attention toute particulière sur ce dont n’avaient pas pu (ou pas voulu) tenir compte les rédacteurs des rapports du GIEC, en 2007 (d’où l’accent sur ce qui augmente « plus vite que prévu », comme le résume par exemple ce dossier).

De son côté, le Programme des Nations Unies pour l’environnement avait publié en septembre un rapport qui, lui, concentrait l’attention sur la hausse du CO2 dans l’atmosphère, une hausse elle aussi plus rapide que ce qui avait été prévu dans GIEC 2007, parce que celui-ci avait sous-estimé la croissance économique de l’Inde et de la Chine. Et s’il l’avait sous-estimée, c’était parce que les rédacteurs s’appuyaient parfois sur des données remontant à 2001 : c’est là le prix à payer pour établir un consensus, puisqu’il faut écarter des chiffres que d’aucuns jugent trop récents.

Mais qu’on se concentre sur la fonte des glaces ou sur le niveau de CO2, le problème, au final, est le même : comment communiquer? Comment « traduire » ces chiffres abstraits en un niveau de risque? (voir ce texte) Comment faire comprendre aux décideurs l’urgence d’agir, s’ils ne sont pas déjà convaincus? La revue Science appelait ça, dans son édition du 13 novembre, la « fatigue climatique », et c’était un article publié avant l’affaire des courriels piratés, qui a donné aux négationnistes du climat une arme pour accroître encore plus cette fatigue climatique...

Derrière toutes ces données abstraites s’en profile une autre, plus complexe encore : les points de non-retour (tipping points), c’est-à-dire ces seuils au-delà desquels devraient se déclencher des perturbations majeures (l’acidification des océans, la quantité d’ozone dans l’environnement et surtout, le niveau de CO2 dans l’air). Or, le concept de « seuils » est lui aussi très abstrait, puisque faute d’avoir une machine à voyager vers le futur, personne ne peut pointer avec une absolue précision ce que seront ces seuils à ne pas dépasser. Tout au plus la physique élémentaire nous apprend-elle qu’ils existent. D’où l’argument du Diagnostic de Copenhague, qui pourrait se résumer par : pourquoi prendre le risque de les dépasser?