Le Bisphénol A (BPA) serait finalement plus toxique que le décrétait Santé Canada en 2008. Pointé maintenant du doigt par des chercheurs québécois, il s’infiltrerait dans notre nourriture et par conséquent, dans notre corps. Une bioaccumulation particulièrement néfaste lorsqu’il s’agit de femmes enceintes.

Pour parvenir à cette conclusion, les chercheurs ont recueilli le placenta de cinq femmes enceintes immédiatement après la naissance pour l’exposer à une très faible concentration de ce polycarbonate. Résultat : il endommagerait les cellules placentaires de manière irrémédiable.

Cette récente étude démontrerait ainsi l’effet direct du BPA sur les mécanismes de défense et de protection du fœtus. « Un centième de ce qui a été trouvé dans le sang des femmes enceintes peut être nocif au fœtus », affirme Aziz Aris, médecin au département d’obstétrique et de gynécologie de l’Université de Sherbrooke.

Une faible exposition à ce composé pourrait même entraîner, selon les chercheurs de cette étude, une prééclampsie, une prématurité et des fausses couches. Ces résultats ont été publiés sur le site Internet de la revue Elsevier.

Du BPA partout

Impossible, ou presque, d’échapper à l’exposition au BPA. Il est utilisé dans la fabrication de nombreux plastiques, notamment alimentaires comme les pellicules de plastique des repas rapides ou les résines de revêtement intérieur des boîtes de conserve (certains codes de recyclage — 3 (PVC) et 7 — permettent de le dépister dans les emballages qui nous entourent).

Et, lorsqu’il est chauffé – comme lors d’un passage au micro-ondes —, le plastique libère une faible dose de BPA dans les aliments. Le Canada a d’ailleurs banni la vente des biberons contenant du BPA en 2008.

« Même si notre corps se défend, la nature même du BPA le rend dangereux. On parle d’un perturbateur endocrinien qui agit sur la santé de notre santé reproductive », poursuit le Dr Aris. On suspecte aussi le BPA d’agir sur la production des spermatozoïdes et de contribuer notamment au développement de cancers.

Une récente étude française de l’Institut national de recherche agronomique (INRA) classait également le BPA comme élément toxique. Selon cette étude, il réduirait la perméabilité de l’intestin, causerait des inflammations et augmenterait la sensibilité à la douleur.

Le BPA ne disparaîtra pas pour autant de nos produits d’épicerie. La direction des aliments de Santé Canada soutient que l’exposition actuelle au BPA provenant des matériaux d’emballage des aliments ne présente pas de danger pour les consommateurs.

Pour en savoir plus

Toxic effects of low doses of Bisphenol-A on human placental cells par Nora Benachour et Aziz Aris publié sur le site Internet de la revue Toxicology and applied pharmacology