Les métiers liés à la mort restent marginaux et empreints d’un mystère parfois difficile à percer. Et pour cause. La mort, malgré son immense banalité, continue à nous hanter et à nous questionner. Pourquoi choisir de telles professions? À quoi peut ressembler leur quotidien? Plongeons au cœur de la réalité quotidienne d’un conservateur de cimetière et aussi fossoyeur, avec Monsieur Ouhibi, en région parisienne. Âmes sensibles, s’abstenir.

Les cimetières sont des lieux ouverts au public; avez-vous déjà assisté à des rituels étranges, voire sataniques?

Au cimetière du Père Lachaise à Paris, il s’est passé des choses curieuses, par exemple des gens se laissaient enfermer dans le cimetière et s’adonnaient la nuit à des sortes de messes noires. Depuis qu’on a amélioré la sécurité avec des gardes et des chiens, il ne se passe plus rien. Ici, dans mon cimetière, je n’ai jamais assisté à ce genre de choses.

Avez-vous déjà vu des feux-follets?

Dans les cimetières en ville où les tombes sont recouvertes de pierres tombales en marbre, il n’y a plus de feux-follets, mais dans les cimetières de campagne, il est possible d’en voir. J’en voyais lorsque j’étais enfant et ça me faisait très peur. Pourtant, il n’y a rien de mystérieux. Les feux-follets sont des lueurs très légères qui proviennent de la réaction du gaz issu du corps en décomposition et de l’oxygène de l’air. C’est le même phénomène qui se produit dans les décharges publiques où des tonnes de déchets sont accumulées. Il peut se produire des incendies ou des explosions par concentration des gaz de décomposition.

Vous est-il déjà arrivé d'assister à des phénomènes étranges ou paranormaux tels que des apparitions, des fantômes, des voix, des cris, etc. ?

Je me promène quelquefois dans le cimetière vers une heure du matin, et je n’ai jamais rien vu d’étrange. Bien sûr, il y a des ombres d’arbres, des bruissements de feuilles, le grincement de la porte de la chapelle. Rien de paranormal. Je pense que plus on a peur, plus on a de visions. Personnellement, j’aurais moins peur de dormir dans un cimetière que sur la voie publique! Croyez-moi, si j’avais assisté à des phénomènes surnaturels, je ne resterais pas ici!

Dans quel état sont les cercueils que vous déterrez lors de changements de concessions après 20 ou 30 ans?

Tout dépend de la qualité du cercueil et du terrain; les cercueils en chêne massif d’autrefois se conservent très bien, certains sortent intacts de terre; par contre, les nouveaux cercueils en hêtre ou en sapin se conservent moins bien. Quant au corps, tout dépend du terrain; si le cercueil a été imbibé d’eau à cause d’infiltrations de pluie, le corps est quasiment entier; il a une couleur blanchâtre comme les zombies dans le clip Thriller de Mickael Jackson. Dans le cas général, il reste dans les cercueils des ossements, des viandes, des graisses, des cheveux, etc. Par contre, il n’y a plus les yeux, les mains, la nuque ou les phalanges qui sont les premières parties du cadavre à se détacher. Tout part à la fosse commune.

Quel est votre pire souvenir?

Un jour, j’ai dû exhumer un cercueil qui, je ne le savais pas, contenait une enveloppe en zinc qu’on utilise en cas de maladie contagieuse ou si le cadavre a dû être déplacé de plus de 500 km. Quand j’ai ouvert la coque, j’ai découvert un corps d’homme, habillé en bleu de travail, parfaitement conservé; il ressemblait à une poupée de cire, comme au musée Grévin. Il y avait tout, les yeux, la tête, etc. La vue de cet homme était terrible.

Le mot de la fin…

Après 25 ans d’expérience, vous savez, j’aime toujours mon métier; le cimetière, c’est chez moi, j’y habite! Mes fenêtres donnent à cinq mètres de la première concession!