Dans le monde des avatars, beauté et réalisme s’affrontent. Ce qui correspond aux critères de beauté dans le monde réel devient un désavantage dans le monde virtuel.

Deux chercheurs à l’Université Laval ont fait le pari de marier les arts visuels aux sciences cognitives et à la biologie pour que les artistes qui représentent virtuellement la peau puissent compter sur des repères scientifiques.

Parce qu’elle est la partie la plus visible du corps, la peau transmet des informations sur l’état de santé, l’âge et le sexe. Ainsi, une peau jeune et lisse, un teint en santé et un visage symétrique, répondent aux critères sociaux de beauté. Au contraire, dans la construction d’images de synthèse telles que les animations en 3D ou les avatars, on compte plutôt sur l’asymétrie et l’imperfection pour aller chercher un maximum de réalisme.

« Le réalisme et l’idéal de beauté se situent sur un continuum et ça, l’esprit humain le note très bien », explique Matthieu Guitton, professeur à la Faculté de pharmacie. Son étude souligne en ce sens qu’un personnage virtuel aura davantage l’air réel si on en perçoit les imperfections : par exemple, les pores ou les mouvements de la peau sur les muscles ou les os.

L’inquiétante étrangeté

Les recherches se multiplient sur la façon dont les gens utilisent les avatars et comment ils se situent par rapport à eux, avance François Giard. Ce qui souligne le tiraillement entre les critères de réalisme et de beauté des images de synthèse. Ainsi, d’un extrême à l’autre du continuum, l’observateur manifestera différents niveaux d’attirance ou de répulsion face à l’avatar.

Le directeur du programme d’arts et science de l’animation à l’École des arts visuels de l’Université Laval pointe l’hypothèse de « Uncanny Valley », ou « l’inquiétante étrangeté », selon laquelle le niveau très avancé de réalité d’un personnage virtuel devient « dérangeant » pour l’observateur, au point de provoquer chez lui une répulsion. Il mentionne par exemple le film d’animation Boréal-Express de Warner Bros, dont le « réalisme dérangeant » réside dans le fait qu’on ait « capturé le mouvement des acteurs pour ensuite le numériser sur les personnages ».

Cette technique de « construction picturale » aurait tout intérêt, selon lui, à être remplacée par des simulations entièrement virtuelles, afin d’éliminer ce qui vient trahir le caractère virtuel du personnage. « C’est là qu’entrent en jeu les scientifiques pour appuyer les artistes, de par leur compréhension des structures internes de la peau ».