Placées en première ligne des futures victimes du réchauffement climatique, les stations de ski n’ont guère le choix de réagir. D’autant plus que leur fonctionnement et l’exploitation des ressources ne sont pas sans impact sur l’environnement. Tour de piste des initiatives prises localement.

« Pour déplacer des montagnes, il faut commencer par les petits cailloux. » Ce dicton, emprunté aux Chinois, l’Association des stations de ski du Québec (ASSQ) l’a fait sien. Premier petit caillou : prendre le pouls des pentes. Et la montée est encore raide pour limiter les impacts de façon harmonisée, les activités d’une station polluant à divers points de vue (enneigement, déplacements des skieurs, érosion, etc.).

Préalablement, la National ski areas association (NSAA), regroupement canado-américain, avait déjà ouvert la voie. « Nous nous sommes beaucoup inspirés de ce que faisait la NSSA, qui a développé des guides de bonnes pratiques », indique Alexis Boyer-Lafontaine, directeur des affaires publiques de l’ASSQ. Ainsi, dès 2007, l’organisme a voulu produire un premier diagnostic des stations, basé sur des grilles d’auto-évaluation. « A-t-on eu du succès avec cette approche? Non, pas vraiment », concède son porte-parole. Il a fallu enclencher la vitesse supérieure et passer d'une approche de sensibilisation à une méthode d'accompagnement et de conseil au plus proche des responsables. Ainsi, la glace est brisée et diverses initiatives jaillissent de nos stations.

Des pompes à idées

Certains petits pas opérés par les exploitants devraient faire boule de neige. Des efforts sont notamment concentrés par plusieurs d’entre eux en matière d’efficacité énergétique. « C’est un poste de dépenses considérable pour les stations de ski, rappelle le directeur, autant pour les systèmes d’enneigement que pour l’entretien des bâtiments. »

À Bromont, par exemple, où le canon à neige s’y donne à cœur joie, on s’est mouillé sur le plan de la gestion de l’eau. « Nous avons signé une entente avec la municipalité et le Ministère de l’Environnement pour le pompage dans la rivière Yamaska, nécessaire aux opérations d’enneigement », explique Luc Bougie, urbaniste de la station. Ainsi, des périodes de prélèvement ont été déterminées pour assurer un débit minimum du cours d’eau et assurer la survie des espèces qui y vivent. Cette initiative a même récemment remporté un prix national. Ailleurs, on a installé des ventilateurs dans les bassins de rétention, ce qui permet d’en abaisser la température moyenne et de juguler l’énergie nécessaire au pompage.

Le souci énergétique va plus loin, avec le chauffage des bâtiments ou encore l’éclairage des pistes grâce à des LED moins énergivores. Dans ce cadre, la station de Sutton est prise en exemple. « Il y a eu une association naturelle avec Hydro-Québec, qui a engendré de nombreux programmes », souligne M. Boyer-Lafontaine.

Enrayer l’érosion

Autre question préoccupante : l’érosion. Là, les stations telles que Mont-Tremblant ont fait office – plus ou moins volontairement – de précurseur. En effet, soumise aux réglementations imposées par le zonage de Parc national, la plateforme touristique doit penser le tracé de ses pistes de façon à limiter au maximum l’érosion des sols. À Bromont, où la réglementation ne contraint pas à une telle surveillance, on a tout de même emboîté le pas. « Il faut assurer une certaine pérennité pour nos activités et nos pistes, confirme l’urbaniste, sinon on va bientôt skier sur de la roche! »

Les stations ne sont pas seules à être directement responsables de la génération de pollution, les déplacements de la clientèle faisant également partie de l’équation, selon les études menées en Europe et aux États-Unis. Bien que le Québec serait moins concerné, grâce à la proximité des stations (inutile de prendre l’avion pour se rendre à Saint-Sauveur depuis Montréal), un programme d’incitation à l’arrêt des moteurs au ralenti a toutefois été instauré par l’ASSQ dans plus d’une quinzaine de stations. Le Massif de Charlevoix a même dressé, de son propre chef, son bilan carbone.

Bonne combinaison nécessaire

Bref, de petits flocons de conscience environnementale commencent à tomber sur nos stations de ski. En dépit de l’échec de l’approche auto-évaluative, l’ASSQ a redonné un coup de bâton, mettant sur pied un programme d’audit sur trois ans, piloté par Jean-Sébastien Trudel, fondateur d’une firme d’experts-conseils en développement durable. Cinq stations québécoises seront passées au crible, avant qu’un plan de gestion de la performance ne soit mis en place. « Pour l’instant, on voit des initiatives à droite et à gauche, chaque station ayant ses points forts et ses points faibles, sans qu’aucune d’entre elles ne se démarque réellement en la matière, analyse M. Trudel. On aimerait les amener à une vision intégrée. » « Nos stations vont trouver des moyens, aidées par ce côté patenteux typiquement québécois », conclut M. Boyer-Lafontaine.

Qui a dit que la piste verte était une piste facile?