Après les nutraceutiques et autres aliments médicaments, les prochaines percées scientifiques pourraient venir du croisement de l’alimentation et de la génomique, la nutrigénomique.

Entretien avec Marie-Claude Vohl, chercheuse à l'Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels de l'Université Laval et titulaire de la nouvelle Chaire de recherche du Canada sur la génomique appliquée à la nutrition et à la santé.

Agence Science-Presse (ASP) – Qu’est-ce que la nutrigénomique?

Marie-Claude Vohl (MCV) — Cette cousine de la pharmacogénomique étudie les interactions entre l’alimentation et les gènes. Les chercheurs en nutrigénomique travaillent dans le domaine de la nutrition pour tenter de comprendre les effets des différentes composantes de notre alimentation sur l’expression de nos gènes. Contrairement à la pharmacogénomique où une seule molécule est étudiée, nous devons trouver dans la multitude des constituants d’un aliment, quels sont ceux susceptibles d’être actifs et qui méritent d’être étudiés plus avant.

ASP — A-t-on déjà isolé des molécules d’origine alimentaire qui agiraient sur nos gènes?

MCV – Quelques-unes sont déjà connues et figurent dans la littérature scientifique. Des études se sont, par exemple, penchées sur la consommation d’huile de tournesol versus la consommation d’huile d’olive pour constater les bienfaits de l’huile d’olive sur l’expression de nos gènes. Lorsqu’on procède à des biopsies musculaires, il est aussi possible de voir que des milliers de gènes sont activés chez les personnes consommant un repas riche en glucose. Un peu comme une boisson sucrée provoque un pic d’insuline pour la détection du diabète, nous sommes en mesure de voir les voies de signalisation au sein des tissus musculaires, des globules blancs du sang ou du foie.

ASP – Quels sont les champs d’intérêt de votre groupe de recherche?

MCV – Mon équipe de recherche se penche sur les matières grasses, particulièrement les Oméga-3, et leur potentiel pour réguler l’expression des gènes. Nous nous questionnons sur la voie de signalisation que prend cette activation pour mieux comprendre le fonctionnement des gènes impliqués et des bénéfices cliniques que l’on pourrait en tirer. Notre approche est cependant populationnelle et de prévention : mieux comprendre les facteurs de risque cardiovasculaire ou d’obésité issus de notre alimentation et de notre patrimoine génétique permettra d’élaborer de meilleures recommandations de santé publique. Bien sûr, certains chercheurs gardent l’espoir de pouvoir offrir un jour une diète personnalisée selon le profil génétique d’un individu… ASP — Peut-on imaginer y arriver un jour?

MCV - C’est encore un rêve! Nos recherches ne visent pas à bonifier notre alimentation pour obtenir de meilleures performances sportives. Il s’agit plutôt d’aider ceux dont le métabolisme fonctionne mal. Personnellement, je m’intéresse depuis longtemps à l’obésité. C’est pourquoi je tente d’identifier les gènes impliqués lorsqu’on mange d’un aliment lipidique afin de mieux intervenir auprès des personnes obèses. Lorsqu’on parle de gènes dans ce contexte, il faut cependant observer une grande prudence, car la moitié des gens penseront qu’ils sont impuissants face à leur alimentation. Face à notre assiette, nous gardons la responsabilité de choisir entre des bons aliments et les autres!