Même si Fukushima reste bien loin de nos seuils, des importateurs québécois de thé vert japonais s’apprêtent à filtrer leurs feuilles avec d’autres moyens que les boules traditionnelles. Des analyses complémentaires seront bientôt effectuées sur les produits en provenance du Japon afin de s'assurer que les radiations ne s’invitent dans nos tasses par la « Voie du thé ».

Depuis peu, les amateurs de thé vert japonais ont bien du mal à rester zen : certains posent moult questions sur la salubrité de leur boisson préférée, d’autres clients se constituent carrément d’amples réserves! En effet, ils ne sont pas sans savoir que les récoltes annuelles de thé vert, les premières depuis l'accident nucléaire de mars dernier, viennent de s'achever dans l'archipel. Les caisses du cru 2011 sont désormais en route, et producteurs comme importateurs désirent dissiper tout doute.

« Plusieurs cultivateurs japonais ont déjà pris l'initiative de nous fournir des tests de radioactivité, tous négatifs. Nous allons cependant effectuer d'autres analyses une fois que le thé arrivera au Québec, pour rassurer notre clientèle », indique Hugo Américi, dégustateur et importateur pour la maison Camellia Sinensis, à Montréal. En 2010, plus de deux tonnes de thé vert, notamment de type sencha, avaient été acquises par ce revendeur, et la même quantité franchira nos frontières à la mi-juin.

La probabilité d’une contamination s’avère théoriquement minime : les régions productrices majeures, telles que Shizuoka ou Uji, situées au sud du pays – respectivement à plus de 400 km et 700 km de Fukushima –, ont été officiellement épargnées par les rejets radioactifs.

Infusion nucléaire

Minime, mais « possible », selon Alfred Jaouich, professeur au département des sciences de la Terre et de l'Atmosphère de l’UQAM. « Des traces de radiations associées à la catastrophe de Fukushima ont pu être détectées jusqu’à Vancouver, rappelle-t-il. Il y a toujours un risque et il faut l’évaluer. Ces analyses sont loin d’être inutiles. »

Les palettes de thé, qui auront transité par Tokyo, subiront deux batteries de tests dès leur arrivée, au sein des laboratoires Radioprotection de Sainte-Julie. « Nous utilisons des moniteurs au moins cent fois plus sensibles que les compteurs Geiger classiques », prévient Michel Deschamps, qui procédera aux analyses. Après avoir mesuré le taux de radiation naturel de l’environnement, le scientifique passera au crible l’ensemble des feuilles importées pour détecter le moindre écart anormal. « Dans le cas du thé japonais, nous calculerons les taux de Césium 137 et d’Iode 131 [NDR : deux éléments hautement radioactifs] pour déterminer s’il y a une contamination. »

Un deuxième test sera effectué sur les emballages, à l’aide de frottis. « Il est possible que de la poussière y soit tombée », explique M. Deschamps. Si la moindre trace de radiation était détectée, faudrait-il se délester de tout ce thé? Pas forcément : l’activité de l’Iode 131 diminue rapidement (elle baisse de moitié en huit jours). En revanche, pour le Césium 137, il faudrait attendre… 30 ans!

Mais que les amateurs de thé soient réconfortés : « Nous avons déjà quelques résultats préliminaires sur des échantillons, avec des taux largement inférieurs au seuil établi par les autorités canadiennes, qui est de 1000 becquerels par kilo », rassure M. Américi.