On dit souvent que l’œil est le miroir de l’âme. Mais, si l’on se fie aux résultats de recherches récentes, ce n’est pas tant l’œil lui-même que ses mouvements qui sont révélateurs.

À l’Université de Tampere, en Finlande, l’équipe de Martti Juhola travaille au développement d’une technologie de biométrie basée sur les saccades oculaires. Ces brefs et involontaires mouvements des yeux seraient aussi uniques qu’un iris ou une empreinte digitale. Grâce aux nouvelles caméras haute définition, les saccades seraient aussi beaucoup plus faciles à enregistrer que les deux autres caractéristiques.

Mais c’est surtout leur fiabilité qui en fait un outil de sécurité biométrique intéressant. Alors qu’on peut toujours fabriquer une lentille cornéenne semblable à un iris, ou une prothèse reproduisant une empreinte digitale, il est à peu près impossible d’imiter les saccades d’une autre personne. Cela compliquerait donc grandement la vie des émules de Mission impossible! Dans leur article publié dans l’International Journal of Biometrics, l’identité d’une personne pourrait être vérifiée en une trentaine de seconde.

Miroir du cerveau

Les mouvements des yeux pourraient aussi permettre la détection de la maladie de Parkinson, du syndrome d’alcoolisation fœtale ou du déficit de l’attention avec hyperactivité. Dans un article publié récemment dans le Journal of Neurology, des chercheurs soutiennent en effet que toutes ces maladies ont une composante liée au contrôle des mouvements oculaires. Elles pourraient être facilement décelées en évaluant le regard de patients qui regardent la télévision. «L’attention naturelle et le comportement du mouvement oculaire contiennent la signature biométrique d’un individu, et de l’état du fonctionnement ou dysfonctionnement de son cerveau», écrivent les auteurs. Ce genre de test pourrait remplacer avantageusement certains examens beaucoup plus lourds, comme l’imagerie cérébrale ou l’évaluation clinique.

Acheter avec les yeux

Dis-moi où tu regardes, je te dirai ce que tu achètes. Les mouvements oculaires seraient révélateurs de ce qui motive nos choix de consommation. Ainsi, des chercheurs canadiens, français et anglais ont démontré que nous choisissons plus souvent les produits placés au centre d’un étalage. Leur expérience, réalisée à l’aide d’un appareil qui suit le mouvement des yeux, démontre que le regard tend à revenir se poser au centre d’un étalage dans les cinq secondes précédant la sélection d’un item. Or, c’est pendant cette période que se fait le choix du consommateur.

Dans le Journal of Consumer Research, l’auteur principal, Onur Bodur, précise que les consommateurs admettaient ne plus très bien se souvenir de ce qui avait motivé leur choix. Il s’agirait donc d’un processus hautement inconscient. Le chercheur avance que le consommateur averti de cette tendance pourra faire un choix plus éclairé, en s’efforçant de porter plus attention aux produits placés en périphérie.