Des chercheurs américains soutiennent que nous avons les moyens technologiques et économiques de réduire la quantité de lumière solaire frappant la terre, pour ralentir le réchauffement climatique. Mais ils mettent en garde contre les limites d’une telle action.

L’idée est de créer des conditions similaires à celles prévalant après une éruption volcanique, alors que les cendres et les gaz bloquent une partie des rayons solaires. Dans la revue Environmental Research Letters, les chercheurs ont présenté six méthodes pour déposer un million de tonnes de particules en aérosol par année, à une altitude variant entre 18 et 30 kilomètres.

Modifier des avions existants ou créer un avion spécifiquement pour accomplir cette tâche seraient les options les moins onéreuses et les plus simples. Plus spectaculaire, mais complètement théorique, le projet d’élever une conduite de gaz soutenue par des plateformes gonflées à l’hélium, pour souffler les particules dans l’atmosphère, rappelle le vieux rêve de l’ascenseur spatial.

Faisable, mais souhaitable?

Le coût annuel de l’opération ne dépasserait pas cinq milliards de dollars. Ça peut sembler beaucoup, mais on estime généralement le coût de la réduction des émissions de dioxyde de carbone, cause majeure du réchauffement climatique, à entre 0,2% et 2,5% du produit intérieur brut mondial de 2030. On parle donc de dépenses qui totaliseraient entre 200 et 2000 milliards de dollars.

Voilà pour l’économie. Mais la méthode serait-elle efficace? De l’aveu même des chercheurs, bloquer les rayons solaires pourrait faire baisser la température, mais ne modifierait pas l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Cette solution n’aurait aucun effet, par exemple, sur l’acidification des océans. Les résultats varieraient grandement d’un pays à l’autre. Il n’est pas sûr non plus que la méthode soit sans risque.

Pendant ce temps, en Alaska…

On peut donc penser que le contrôle des émissions de gaz à effet de serre demeure le meilleur moyen de lutter contre le réchauffement climatique. À condition d’y mettre un peu de volonté. Le ministère de l’Intérieur américain accordait le 30 août dernier la permission à Shell d’amorcer les travaux de préparation sur un premier puits au large de l’Alaska, preuve que les soucis environnementaux font pâle figure face à l’attrait des énergies fossiles. Comble de l’ironie, l’entreprise, qui a investi plus de quatre milliards en six ans dans cette région, a demandé au gouvernement américain une extension à la saison de forage. Son argument? Les glaces sur la mer de Chukchi se formeront beaucoup plus tard que la normale cette année…

Au fond, les scientifiques n’ont peut-être pas tort de miser sur la géo-ingénierie, plutôt que sur un changement de nos habitudes, pour lutter contre le réchauffement climatique!