L'attention et la concentration exigent en soi très peu d'effort. En revanche, lutter contre les distractions, responsables de déranger nos pensées près de 50% du temps, est une tâche difficile, expliquait Jean-Philippe Lachaux, directeur du Centre de recherche en neurosciences de l’INSERM, lors d’une récente conférence sur les conflits de l’attention, prononcée au Cœur des sciences de l’UQAM, à Montréal.  

Heureusement, une victoire est possible.

Nos habitudes, émotions et capacités à prendre des décisions conditionnent conjointement tous nos gestes. Pour rester concentré, notre cerveau résisterait à 3 ou 4 distractions chaque seconde. Ces pensées vagabondes seraient le résultat de l’évolution.   Le cerveau est en effet équipé d'un système de veille à l'affût des dangers potentiels, précise le chercheur. Comme un radar, il se focalise sur la tâche à accomplir et balaie épisodiquement l'environnement. Le problème, dit-il, c'est qu'il n'a pas évolué assez vite pour s'adapter aux modes de vie d’aujourd’hui. En effet, quand on se retrouve seul devant l'ordinateur, l'attention continue de chercher les menaces à la survie, même si celles-ci n'existent plus!   Si le multitâche n'aiderait en rien au développement de l'attention, il ne serait pas le seul responsable des distractions. Les sources sont variées. La sonnerie du téléphone, le prochain souper à préparer, la réunion à inscrire à l'agenda, sont tous des stimuli qui s’immiscent dans nos vies et dérangent les gestes aussi simples comme le fait d'ouvrir une porte ou lire le journal.

L'attention, selon Rafael Nadal

Pour le spécialiste, le joueur de tennis étoile Raphaël Nadal représente l'exemple quasi parfait de l'attention. Le chercheur parle des efforts de l'athlète à s'isoler dans une bulle de concentration lors d'un match de tennis. Une cloison, la plus étanche possible, contre les distractions. Son être devient totalement focalisé sur la balle, sa trajectoire, sa force et le coup de l'adversaire. Une attention qui mobilise toutes les molécules de son corps, écrit l'athlète dans sa biographie.

Pour trouver l'exemple parfait de la concentration, il faut plutôt regarder du côté des maîtres zen. Les moines bouddhistes repoussent doucement les pensées invasives. En plus, ils ont appris aussi à reconnaître les tensions du corps qui accompagnent souvent les distractions. Un 2 en 1 possible grâce à plusieurs années de méditation, observe le spécialiste.

Il recommande d’ailleurs la méditation comme l'un des entraînements de l'attention les plus efficaces. De l'espoir pour les êtres fort distraits que nous sommes.