Publicité
lesdebrouillards_1.jpg

Les débrouillards

Autre action

Actualité

Etre illogique tout en étant logique

Agence Science-Presse, le 20 janvier 2014, 9h34

(Agence Science-Presse) Un choix illogique peut-il être logique? Il nous arrive à tous de faire des choix totalement irrationnels; or, il est possible qu’il y ait une logique derrière, partagée avec une bonne partie du monde animal.

Titre: Vector ornament - the technological maze
Cliquer sur la photo pour agrandir
Titre: Vector ornament - the technological maze

John McNamara, Peter Trimmer et A. Houston A., Natural Selection Can Favour ‘Irrational’ Behaviour. Biology Letters, 15 janvier 2014.

C’est l’histoire d’un homme qui, lorsqu’on lui présente le choix, préfère immanquablement les pommes aux oranges, et préfère encore plus les cerises aux pommes. Logiquement, il devrait doublement préférer les cerises aux oranges? Pourtant, si c’est ce choix-là qu’on lui offre, il choisira peut-être les oranges.

Il y a une explication à ce scénario hypothétique, et il faut aller la chercher chez les animaux, comme l’expliquent des chercheurs dans la revue Biology Letters. «Ces choix qui semblent irrationnels» prendraient tout leur sens lorsqu’on les regarde sous l’angle de la sélection naturelle.

Ce type de classement —si un individu préfère A à B, et qu’il préfère B à C, logiquement il préférera A à C— est appelé, en mathématiques, transitivité. Or, il y a longtemps que les biologistes ont constaté que certains animaux ne suivent pas cette logique: les abeilles, par exemple, les mésanges ou les oiseaux-mouches. Les scientifiques en avaient conclu que ces animaux, à l’encontre des principes de la sélection naturelle, ne faisaient pas des choix «optimaux». Mais le modèle théorique mis au point par John McNamara et ses collègues de l’Université britannique de Bristol, arrive à la conclusion contraire: une violation des règles de la logique (ou, en termes savants, de la transitivité) peut parfois s’avérer être le meilleur choix.

La clef du mystère, expliquent-ils, c’est que dans la nature, un ou plusieurs des choix —spécialement ce qui intéresse les animaux: la nourriture— peuvent apparaître et disparaître, au gré des saisons par exemple. Dès lors, on ne calcule plus uniquement en fonction de A est meilleur que B qui est meilleur que C. Il peut s’avérer plus «logique» de dépenser plus de temps ou d’énergie à consommer une nourriture qui est disponible maintenant, même si une alternative plus «goûteuse» existe. Tout simplement parce que cette nourriture ne sera plus là dans quelques jours ou quelques semaines.

Au fil des générations, l’animal aurait donc pris l’habitude de choisir tel aliment dans une certaine séquence, avec pour résultat que ce qui aurait été son choix logique dans des circonstances idéales, ne correspond pas à ce qu’il a appris —ou ce qui a permis à ses ancêtres de survivre.

Mais jusqu’à quel point ce fait s’applique-t-il aux humains? À l’époque des supermarchés, nous pouvons nous permettre de choisir nos aliments préférés, peu importe la saison. Or, suggèrent les chercheurs dans leurs communications, il y a bien d’autres situations que la nourriture où un choix en apparence irrationnel a été en fait déterminé par le contexte: l’achat de chaussures, d'un livre, d’un service. Interrogé par Nature, Peter Trimmer, évoque la finance: un investisseur peut miser sur une entreprise qui aurait été son troisième choix dans un autre contexte, s’il s’avère que celle-ci n’est «disponible» que maintenant et pas plus tard.

Trimmer suggère aussi au passage que cette logique peut s’appliquer au choix d’un partenaire amoureux, mais ne s’aventure pas plus loin...