Pour les défenseurs de l’environnement, c’est la nouvelle la plus importante de l’année: la publication, lundi dernier, des 2500 pages qui forment le constat pessimiste du GIEC sur l’avenir de notre planète. Pour les politiques, c’est une nouvelle passée inaperçue.

Alors que la France vivait un remaniement ministériel provoqué par une défaite de la gauche aux élections municipales, alors que le Québec entrait dans la dernière semaine de sa campagne électorale, il fallait fouiller longtemps pour trouver un élu, un candidat ou un ministère qui ait réagi au rapport du Groupe des Nations Unies sur les changements climatiques (GIEC).

Le bureau du ministre français des Affaires étrangères s’est ainsi contenté d’un communiqué de 10 lignes le 31 mars, saluant le rapport et y apportant un bémol:

Comme le confirment les experts du GIEC, pour le climat, il y a urgence, mais il n’y a pas de fatalité. Des solutions existent. Elles passent par l’adaptation de nos modèles économiques aux exigences du développement durable et par l’accélération de la transition énergétique.

Outre cela, mercredi soir, les médias français notaient que la nouvelle ministre de l’Écologie et du développement durable, Ségolène Royal, nommée mercredi, s’était opposée en 2009 à un projet de taxe carbone. Et qu’elle devenait la quatrième titulaire du poste en deux ans, un ministère qui sera responsable de la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques, qui aura lieu à Paris en 2015.

Côté québécois, jeudi matin, aucun des quatre grands partis politiques en campagne n’avait jugé bon de réagir aux alertes du GIEC, en dépit de leurs engagements respectifs en environnement.

Ceci dit, même aux États-Unis, pourtant pas empêtrés dans des questions électorales, il a fallu mardi qu’une journaliste du New York Times aille demander des réactions —aucun élu n’ayant jugé bon de réagir par lui-même. Ainsi, le porte-parole du président de la Chambre des représentants, le républicain John Boehner, a répondu ne voir dans ses rangs «aucun signe d’appui» à une éventuelle politique d’action sur le climat. Au sein du département d’État —l’équivalent américain du ministère des Affaires étrangères— le haut-fonctionnaire Todd Stern, négociateur en chef sur le climat s’est contenté de souligner combien le rapport «rend claire l’urgence d’une action forte pour réduire les émissions ». Toutefois, note la journaliste, c’est le même Todd Stern qui, l’automne dernier, soulignait qu’il n’y avait...

...aucune chance de voir les États-Unis financer le gros des fonds d’adaptation au climat avec l’argent des contribuables. La réalité fiscale des États-Unis et des autres pays développés ne va pas le permettre.

Cette indifférence se reflète dans l’intérêt des médias. Le journaliste Paul Raeburn souligne qu’à Yokohama, Japon, là où ont eu lieu les ultimes négociations puis la publication du «résumé pour les décideurs» du GIEC, l’ensemble des médias occidentaux était représenté par cinq journalistes (tous américains ou britanniques).

Le journaliste Andrew Breiner souligne pour sa part, sur le blogue Climate Progress , que le rapport du GIEC a eu droit sur CNN, lundi, à un total d’une minute et huit secondes. Même Fox News a fait mieux, avec cinq minutes, encore que ce temps ait été surtout consacré, selon Breiner, à mettre en doute les changements climatiques et l’utilité de les étudier.

Côté français, ce qui s’est approché le plus d’une réaction spontanée d’un élu a été rapporté par la députée européenne Michèle Rivassi. Mardi, celle-ci a publié un communiqué de presse sur le nouveau premier ministre Manuel Valls, qui se lisait comme suit: à la lecture «du rapport du GIEC, [Valls] a réalisé s’être trompé jusque-là» sur les questions environnementales.

Il s’agissait toutefois d’un poisson d’avril...