Vous éprouvez des problèmes de santé, vous n'avez pas de médecin de famille, mais vous avez accès à Internet? Il suffit de quelques clics pour atterrir sur l'un des nombreux sites de communautés de patients en ligne où vous trouverez informations, conseils et réconfort.

Une consultation qui, selon une chercheuse québécoise, peut être, somme toute, plutôt salutaire.

«Les sites, comme BePatient, RareConnect et Renaloo redonnent du pouvoir aux patients en les informant. Ils modifient ainsi la relation patient-médecin pour le mieux», déclare Anne-Françoise Audrain-Pontevia de l’École de gestion de l’Université du Québec à Montréal après avoir réalisé une enquête auprès de 900 utilisateurs québécois et français de ces communautés de patients en ligne.

Les résultats de son enquête révèlent que ces communautés, principalement européennes, connaissent une forte augmentation de leur fréquentation, car elles répondent de manière précise aux questions des usagers et leur apportent du réconfort. Des deux côtés de l’Atlantique, les patients se ressemblent, mais ce sont les Québécois qui tirent le plus d'avantages à visiter les communautés de patients. «Sans doute parce que les Québécois ont moins accès à un médecin que les Français», avance la chercheuse.

Jugeant l’information moins fiable, les professionnels de la santé restent cependant sceptiques face aux informations qui circulent sur ces sites. La chercheuse pense qu'ils devraient au contraire s’approprier le phénomène. Certains l’ont déjà fait, comme ces deux médecins qui avaient lancé à l'origine le site Doctissimo. «Ces communautés en ligne représentent l'avenir et elles ont un poids économique croissant dans lequel ils devraient investir», tranche-t-elle.

Ces vastes communautés, —le site Carenity, surnommé le «Facebook des patients» regroupe plus de 50 000 membres—, parfois initiées par des entrepreneurs, représentent un attrait économique certain. Alors que l’industrie pharmaceutique s’y intéresse de très près, plusieurs questions sur la protection des données personnelles et l'éthique doivent être adressées. «Qui sont les propriétaires et les dépositaires de ces sites? Qui conserve les données sensibles des patients? Elles constituent un outil à double tranchant où l’on échange, mais où la frontière entre médecine marchande et médecine de service est encore floue», rappelle la chercheuse.

Ces communautés de patients en ligne ne sont pas soumises en effet aux mêmes règles déontologiques que les médecins. Mais peut-être qu'une participation accrue des professionnels de la santé pourrait changer la donne, pour le mieux, conclut-elle.