Après la polémique, qui a enflammé les réseaux sociaux, il y a quelques semaines, à la suite des déclarations misogynes de Tim Hunt, lauréat du Prix Nobel de médecine en 2001, voilà que la prestigieuse revue Science est accusée de véhiculer des stéréotypes sexistes, racistes et homophobes.

Plus de 350 scientifiques ont récemment publié une lettre ouverte adressée à l’Association américaine pour l’avancement des sciences (AAAS) dénonçant les faits suivants:

• Le 11 juillet 2014, Science publie une page couverture montrant des travailleuses du sexe de couleur et transgenres portant des robes moulantes et des souliers à talons hauts. La photo est cadrée de sorte qu’on ne voit pas leur tête. Cette photo racoleuse, utilisée pour illustrer un article traitant du VIH/sida, s’est attiré les foudres de nombreux lecteurs.

• Face à ces critiques, Jim Austin, un des éditeurs de Science, a réagi en écrivant sur Twitter qu’il trouvait intéressant d’imaginer les lecteurs mâles titillés par cette photo réaliser qu’il s’agissait en réalité d’individus transgenres. Rien pour calmer les esprits! Quant à la rédactrice en chef, Marcia McNutt, elle s’est dite désolée que cette page couverture ait suscité un certain malaise et a promis de tenir compte davantage des sensibilités des différents groupes de personnes.

• D’autres collaborateurs de Science se sont retrouvés dans l’eau chaude. Ainsi, en réponse à une jeune chercheuse qui s’était plainte du fait qu’un de ses superviseurs reluquait sa poitrine avec insistance, une rédactrice lui a conseillé de ne pas réagir, à moins que cet homme ne lui fasse des avances explicites. Elle a ajouté que la chercheuse devait être consciente qu’elle aurait besoin de l’attention et des conseils de ce superviseur pour avancer dans sa carrière.

Science a aussi publié la lettre d’un biochimiste de l’Université de Toronto expliquant ainsi la clé de son succès professionnel: travailler 16 heures par jour en laissant sa femme (titulaire du doctorat, elle aussi) à la maison pour s’occuper des enfants.

Ce lot d'événements a soulevé un tollé de protestations qui a poussé Mme McNutt à exprimer ses regrets face à ces «faux pas» et M. Austin à démissionné, après 14 ans de services au sein du magazine.

Ces incidents déplorables démontrent que la vigilance est de mise pour traquer les stéréotypes autant dans les revues scientifiques que dans les «feuilles de chou».

[Mise à jour - 24 juillet] - La lettre, dont le texte est reproduit à la fin de cet article, a été signée jusqu'à maintenant par plus de 600 personnes.