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Motherisk: tests de dépistage douteux, vies bouleversées

Agence Science-Presse, le 9 février 2016, 19h10

(Agence Science-Presse) Près de 300 adoptions d’enfants sont mises sur la glace en Ontario: impact direct d’un rapport qui, en décembre, a sévèrement blâmé le laboratoire Motherisk, de l’Hôpital pour enfants de Toronto, pour des analyses de cheveux qui visaient à déterminer si la mère avait consommé de l’alcool ou de la drogue pendant sa grossesse.

© Gajus | Dreamstime.com
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Or, le rapport de 366 pages a conclu que les tests «n’étaient ni adéquats ni fiables». Ce qui remet en question des milliers d'analyses: sur plus de 10 ans, personne n’est aujourd’hui capable d’évaluer quel pourcentage de ces tests a conduit à des diagnostics erronés, avec pour résultat que dans un nombre indéterminé de cas, il faudra recommencer le processus à zéro.

Ce qu’on sait, c’est que ces «analyses capillaires» ont été utilisées en justice de 2005 à 2015, là où un juge devait déterminer si la mère naturelle devait perdre ou non la garde de l’enfant. Ces tests furent utilisés dans près de 16 000 cas, incluant six procès criminels. C’est le dernier de ces procès —l’affaire Broomfield— qui allait remettre en cause Motherisk: en octobre 2014, la Cour d’appel de l’Ontario avait accepté d’entendre la requête de Tamara Broomfield, condamnée, sur la base des tests de Motherisk, pour avoir donné de la cocaïne à son enfant pendant 14 mois. La Cour d’appel a conclu qu’il existait une «véritable controverse» sur la méthodologie et l’interprétation des tests, et ordonné la tenue d’un nouveau procès. Dans la foulée, le gouvernement de l’Ontario a lancé une enquête indépendante, et c’est ce rapport qui a été déposé en décembre.

Aujourd’hui, ce sont donc 200 à 300 familles qui se retrouvent dans un flou juridique : leurs demandes d’adoptions avaient été acceptées par la cour. Mais comme celle-ci s’était en partie appuyée sur ces tests de dépistage, cela ouvre la porte à une contestation de toutes les demandes d’adoption.

La juge Susan E. Lang, de la Cour d’appel de l’Ontario, auteur du rapport, a en fait confirmé des soupçons dans l’air depuis des années: le système d’analyse capillaire de Motherisk s’est appuyé au moins jusqu’en 2014 sur une technique de dépistage appelée ELISA (enzyme-linked immunosorbent assay), dont un grand nombre de toxicologues recommandent de l’associer à un deuxième test avant d’en faire une preuve solide devant un juge.

Motherisk était à l’origine, en 1985, un simple programme créé par l’Hôpital pour enfants de Toronto destiné à fournir informations et conseils au public et aux médecins sur les risques de l’alcool, des drogues ou des radiations sur le développement du foetus. À la fin des années 1990, il recevait de plus en plus de demandes de l’agence ontarienne de protection de l’enfance pour analyser des échantillons de cheveux de bébés; en 2001, il commençait formellement à faire la promotion de ce service, bien qu’il n’ait jamais obtenu une accréditation comme laboratoire de médecine légale —ce qui n’a toutefois pas empêché les tribunaux d’accepter ses analyses en preuve.

Une commission mandatée par le gouvernement ontarien est censée réviser quelques milliers des cas où fut utilisé le test de Motherisk.