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La science doit-elle combattre l'extrémisme ?

Agence Science-Presse, le 21 mars 2016, 13h58

(Agence Science-Presse) Marine Le Pen, Donald Trump et tous ces politiciens populistes ou extrémistes qui profitent d’une crise des migrants pour gagner des points : et si les chercheurs étaient (en partie) à blâmer pour s’être mis la tête dans le sable trop longtemps?

La science doit-elle combattre l'extrémisme ?
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La science doit-elle combattre l'extrémisme ?

C’est la théorie provocante que défend l’auteur britannique Colin Macilwain dans un texte d’opinion paru le 16 mars dans Nature. Colin Macilwain tient dans Nature une chronique « science et politique » et il n’est pas étranger aux textes très critiques sur les accointances douteuses entre la recherche et la finance.

Ces derniers mois, il a beaucoup été dit et écrit que la montée de Donald Trump révélait l’existence d’un immense groupe de citoyens désabusés de la politique et des promesses économiques fallacieuses; ces gens jugent, non sans raison, que «l’élite» les a laissés tomber. Or, rappelle Macilwain, l’élite, ce sont aussi les scientifiques.

Les scientifiques d’expérience sont inextricablement liés à l’establishment politique du libre-marché qui avait tendance à dominer, mais qui est à présent en train de perdre l’appui du public.

Il est plus sévère deux paragraphes plus loin lorsqu’il pointe les chefs de file de la communauté scientifique :

Ils ont été heureux d’accepter l’autocratie de la politique et de la finance, tel le président du Conseil de recherche européen, faisant acte de présence à la rencontre annuelle des gens d’affaires de Davos en Suisse, espérant ramasser des miettes de la table des riches.

Il semble voir un modèle d’engagement social plus prometteur dans les associations qui osent critiquer le pouvoir, comme l’Union of Concerned Scientists (UCS) ou la Federation of American scientists. L’UCS propose par exemple en ce moment à ses membres une série d’actions, sur la fracturation hydraulique, les dépenses électorales des grandes compagnies ou le droit de parole des scientifiques du gouvernement. Mais l’influence de ces groupes, déplore Macilwain, est limitée. Pendant ce temps, «au sommet, il y a paralysie : les grandes organisations scientifiques font peu, sinon traquer l’argent et renforcer le noeud dirigeant de la politique et de la finance» —et les leçons de la crise financière de 2008 semblent bien lointaines.

S’il fallait que la société occidentale se dirige vers un effondrement comme le craignent les plus pessimistes, les élites financières et politiques en porteraient largement le blâme. Mais le blâme s’étendrait à d’autres groupes, qui avaient le pouvoir de limiter les dégâts et ont plutôt, juge Macilwain, «observé tandis que la démocratie se dirigeait vers le précipice».