La violence dans le sport ne s’arrête pas avec les lignes de terrain; différentes formes de violence poursuivent les jeunes athlètes au quotidien. Les habitudes ont la vie dure dans un contexte où règne la loi du silence et où les pressions sont nombreuses.

Cette violence peut revêtir plusieurs formes. Des coups entre joueurs, un entraîneur agressif, des insultes de spectateurs ; elle peut être psychologique, physique ou sexuelle. Kristine Fortier, doctorante à la faculté des sciences de l’éducation de l’université Laval, a voulu évaluer le ressenti des jeunes athlètes face à cette violence ; elle présentait ses résultats mardi au congrès de l’Acfas.

Les jeunes pratiquant avant tout pour le plaisir et pour passer du temps avec leurs amis sont beaucoup plus critiques : ils dénoncent cette violence. Tandis que les jeunes qui visent la performance et la victoire la considèrent comme normale et inhérente à leur pratique. Ils se doivent même d’être agresseur pour ne pas être victime, un des jeunes confiant lors de l’étude: « mieux vaut être le marteau que le clou ».

Autrement dit, la pression de la victoire et de la performance autorise des comportements dans le jeu qui ne seraient pas admis dans la société.

Une violence auto-infligée

Confrontés à cette pression, certains jeunes réagissent en créant une nouvelle forme de violence : qu’il s’agisse d’automutilation ou de comportement compensatoire, la violence qu’ils s’infligent à eux-mêmes est bien réelle dans le milieu sportif. En 2011, dans une étude de Kate Alexander, de l’université d’Édimbourg en Écosse, 10 % des athlètes de moins de 16 ans avaient avoué s’être déjà blessés volontairement. À travers ces actes, selon les chercheurs, les jeunes tentent le plus souvent de retrouver le contrôle sur un corps régi par la pratique sportive, l’entraîneur ou leurs parents.

Ces pressions peuvent aussi résulter en comportements compensatoires : 3 % des jeunes interrogés en 2011 disent s’être déjà fait vomir et 7 % reconnaissent avoir fait un jeûne à cause du sport. La prévalence de ces troubles alimentaires est d’autant plus forte que la pratique met en avant la silhouette du sportif. S’ajoutent à cela la prise de dopants, le plus souvent fournis par l’entraîneur, le médecin sportif ou même les parents.

« Le sport glorifie ces comportements où jouer ou bien s’entraîner même en étant blessé, représente un signe de force », explique Kristine Fortier. Certains entraîneurs font preuve de négligence en laissant jouer des sportifs blessés, d’autres les forcent tout simplement à jouer : on peut alors parler de maltraitance.

Le sport homophobe

« Malgré l’ouverture de plus en plus forte de la société sur l’homosexualité, il reste une très forte pression sociale dans le sport : on n’en parle pas », reproche Guylaine Demers, professeur à la faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval. Déjà, une femme pratiquant un sport d’hommes sera souvent la cible de préjugés. Mais le constat est souvent pire lorsqu’il s’agit d’homosexualité, encore moins tolérée dans la pratique sportive masculine.

Dans les vestiaires, dit-elle, il est inconcevable d’être gai. Chacun étant responsable de la cohésion de l’équipe, il ne faut rien faire qui pourrait la détruire. C’est pourquoi la plupart des sportifs qui font leur coming out attendent la fin de leur carrière. Le rôle de l’entraîneur est encore une fois essentiel : il peut autant éviter ces insultes homophobes que les encourager.

Si les équipes féminines sont plus ouvertes à l’homosexualité, le secret doit rester au cœur de l’équipe pour ne pas nuire à son image. Lorsque Guylaine Demers a tenté d’interroger différents clubs, deux réponses ont dominé : « si on en parle, on va croire qu’il y en a dans notre sport » ou « il n’y en a pas dans notre sport ». Les choses ne s’arrêtent pas là selon la chercheuse. « Certaines grosses institutions sportives refusent et empêchent la réalisation d’études sur l’homophobie dans le sport. Tant qu’il n’y a pas de chiffres, il n’y a pas de problème. »