Un Nobel de médecine pour des cellules qui se recyclent, mais pourquoi pas pour CRISPR ? Et qu’en dit la levure, la première concernée ? Toutes les questions que vous ne lirez pas ailleurs.

Une métaphore ?

Le biologiste Yoshinori Ohsumi, de l’université de Tokyo, a donc remporté lundi 3 octobre le prix Nobel de médecine 2016 pour ses travaux sur la façon dont les cellules recyclent leur contenu. Ou, comme l’expriment moins pudiquement les chercheurs, la façon dont elles dévorent leurs propres restes pour survivre.

Twitter étant ce qu’il est, des petits facétieux n’ont pas manqué l’occasion. « Accorder un Nobel pour des cellules qui s’entre-dévorent semble être une parfaite métaphore de 2016 » a écrit Ed Yong.

Pourquoi pas un Nobel à la percée de la décennie, CRISPR ?

D’abord, parce que bien qu’étant une découverte biologique, cela pourrait bien donner un Nobel... de chimie ! Le Nobel de chimie a en effet régulièrement pigé dans l’assiette des généticiens et autres biologistes moléculaires — des disciplines qui n’existaient pas quand les Nobel ont été fondés il y a 115 ans.

Chose certaine, les parieurs semblent prendre très au sérieux les prédictions qui gravitaient autour de CRISPR/Cas9, cette technologie permettant de manipuler les gènes avec une précision inégalée. Mais les prédictions sur les Nobel ont un très faible taux de réussite. La liste Thomson Reuters comptait par exemple 24 noms cette année : Yoshinori Ohsumi n’y figurait pas. Outre cela, le Comité Nobel a la réputation d’attendre des années, voire des dizaines d’années, avant d’attribuer un prix. Ohsumi a par exemple développé son travail sur l’autophagie dans les années 1990.

La levure, une célébrité

Verra-t-on la levure réclamer sa médaille ? C’est au moins la cinquième fois dans l’histoire récente que les gagnants doivent leur Nobel, entièrement ou en partie, à ce champignon microscopique : le système de transport cellulaire (2013), les télomères (2009), la polymérase de l’ARN (2006, mais un Nobel de chimie !) ou le cycle de division des cellules (2001). Il faut dire que nous avons beaucoup en commun avec la levure — du moins, au niveau cellulaire.

Et les femmes ?

Le prix cette année n’améliorera pas la disparité hommes-femmes : depuis 115 ans, 5 % des Nobel de médecine ont été attribués à des femmes (ou 12 sur 211).

Vous avez bien dit autophagie, pas anthropophagie ?

Le mot « autophagie » vient du grec (phagie : manger ; auto : soi-même) et a été employé pour la première fois en 1963 par le biochimiste belge Christian de Duve, qui a observé comment les cellules déchiquetaient leurs propres structures internes dans une « poubelle » qu’il a appelée le lysosome. Ce sont les expériences d’Ohsumi qui ont démontré qu’il ne s’agissait pas d’une poubelle, mais d’un sac de recyclage. Les cellules se « cannibalisent » pour rester en santé, résister aux infections et peut-être même combattre le cancer. Le dysfonctionnement de ce processus a été associé à des maladies aussi diverses que le Parkinson et le diabète de type 2.