Il faut parfois des décennies aux scientifiques pour arriver à une technologie permettant à la science de surpasser la fiction. Dès 1953 par exemple, l’écrivain Isaac Asimov imaginait les voitures du futur qui se conduiraient d’elles-mêmes. Encore aujourd’hui, « les scientifiques se servent régulièrement de la fiction pour inspirer leurs recherches », affirmait André Moreau, physicien au Conseil national de recherches du Canada, lors d’un panel organisé le 5 mai dans le cadre des Journées internationales de la culture scientifique.

Reste que si la fiction peut inspirer la science, le contraire est encore plus vrai, comme en témoignaient les auteurs de science-fiction présents à ce panel. Un avancement dans la recherche peut servir d’idée de départ d’une oeuvre littéraire, expliquait l’écrivaine québécoise Élisabeth Vonarburg ; elle rappelle que certains auteurs ont ce que les amateurs nomment de la Hard Sci-Fi : ils tiennent à ce que leurs histoires collent de près aux connaissances scientifiques.

L’auteur français Jean-Claude Dunyach est lui aussi d’accord pour dire que les avancements de la science servent souvent de canevas. Il raconte que ses premières oeuvres consistaient en des poèmes... expliquant des théories mathématiques.

Selon le romancier et journaliste José Rodrigues Dos Santos, qui complétait la discussion, la fiction peut également servir d’exutoire quand la science a encore besoin de preuves pour confirmer ou infirmer une théorie. « La science est l’instrument le plus puissant que nous avons présentement pour comprendre notre monde, mais elle a ses limites », dit-il. Au contraire de la science, la fiction n’est pas limitée par les lois de la nature...

Le gros avantage de la science-fiction, disent-ils tous, c’est que comme toute forme d’art, elle carbure à l’émotion. Cela permet de créer un contact entre la science et le grand public. « Ce qui rend l’art ou le sport si populaire, ce sont les émotions qu’ils suscitent. Il faut arriver à faire pareil avec la science », soutient M. Dunyach. À cela, Mme Vonarburg répond que l’émerveillement et la fascination que peut susciter la science sont justement des émotions puissantes sur lesquelles miser. M. Moreau conclut en soulignant que la science offre une stimulation intellectuelle qui peut être renouvelée à l’infini.

Intitulé Science et Fiction, le meilleur des deux mondes, ce panel annonçait également Science et Fiction, le thème de l’édition annuelle des 24 heures de science, un ensemble d’activités pour le grand public qui auront lieu les 12 et 13 mai à travers le Québec.


Magalie St-Amour Béland