Avec le réchauffement climatique, on s’attend à ce que les arbres avancent vers le nord : plus le climat se réchauffe, plus une bonne partie de la flore profite de printemps plus hâtifs et d’étés plus longs. Surprise, en Amérique du Nord, les arbres progressent plutôt vers… l’ouest.

En fait, ailleurs dans le monde, botanistes et biologistes ont bel et bien noté des mouvements vers le nord. D’où la surprise devant cette nouvelle étude, publiée le 17 mai dans Science Advances : sur 86 espèces d’arbres poussant dans l’est de l’Amérique du Nord, et en s’appuyant sur les données du Service américain des forêts récoltées entre 1980 et 1995, puis entre 2013 et 2015, près de la moitié de ces arbres (47 %) ont progressé vers l’ouest de 15,4 kilomètres par décennie, et un tiers, de 11 km par décennie. Reste une minorité qui a progressé vers le nord. Aucun n’a progressé vers le sud ou l’est. La plupart de ces « migrants » sont des arbres dits « à fleurs », soit essentiellement, pour cette région, des conifères.

Qu’est-ce qui peut expliquer ce mouvement ? Si ce n’est pas la température, l’hypothèse la plus probable est celle des précipitations. Davantage de pluies dans le centre des États-Unis ont pu augmenter le taux d’humidité dans l’air de façon suffisamment subtile pour que les arbres à la croissance la plus rapide en aient pris avantage : leurs jeunes pousses grandiraient plus vite et prendraient la place d’autres espèces, provoquant, à long terme, cette « marche ». Mais l’hypothèse est difficile à prouver parce que les forêts sont aussi peuplées d’humains, cette espèce qui a tendance à construire des maisons et des routes, rendant difficile de juger de ce qu’est la progression « naturelle » des arbres sur une aussi courte période. Beaucoup de forêts d’Amérique sont encore en train de se remettre de déforestations massives survenues dans la première moitié du 20e siècle, ce qui pourrait fausser les données. Il faudra donc s’en reparler dans quelques décennies.