Connaissez-vous le renard bleu, appelé aussi, en Alaska, renard polaire ? Ou la vache de mer — Rhytine de Steller —, un grand mammifère marin de l’Arctique ? Ils étaient inconnus avant que les Européens ne mettent pied dans la région — non pas ceux qui ont atteint l’Alaska après avoir traversé toute l’Amérique, mais ceux qui y sont arrivés après avoir traversé toute la Russie.

C’est en effet au terme d’une expédition de 10 ans, financée par l’empereur russe Pierre Le Grand, que l’explorateur danois Vitus Bering et ses hommes ont atteint pour la première fois cette terre lointaine. Partis de Saint-Pétersbourg en 1733, ils ont donc parcouru plusieurs milliers de kilomètres, essentiellement à pied, cartographiant au passage une partie des côtes de l’Arctique russe, largement laissées en blanc sur les cartes jusque-là. Les îles de l’Alaska sur lesquelles ils ont brièvement débarqué étaient tout aussi peu connues — mais au moins avaient-ils conscience d’avoir mis pied sur le continent nord-américain.

Vitus Bering allait laisser son nom au détroit qui sépare la Russie de l’Alaska, mais l’histoire moderne a gardé peu de souvenirs de lui, relate l’auteur canadien Stephen Bown dans son dernier livre, Island of the Blue Foxes. C’est pourtant son récit qui, à l’époque, a inspiré d’autres expéditions, de même que des marchands de fourrure, de graisse et d’huile. Pour le plus grand malheur des renards bleus et des vaches de mer : si les renards bleus sont toujours là, en revanche il a suffi de 27 ans pour que les vaches de mer deviennent une espèce disparue. L’Alaska est ensuite restée une province russe, jusqu’à son achat par les États-Unis en 1867.