Un journaliste s’est rendu dans un congrès de croyants en la Terre plate (oui, vraiment). Sa conclusion : pour croire en la Terre plate, il faut croire aux complots. Et l’époque leur est propice.

Le journaliste Rajiv Golla s'étonne en effet de découvrir que « la forme de la Terre n’est que la moitié de l’histoire des Terre-platistes. C’est aussi une attaque frontale contre l’autorité qui nous emprisonne. »  Parce que forcément, si on ne croit pas qu’il existe une autorité suprême qui nous emprisonne (et nous cache tout), la théorie de la Terre plate s’écroule. « Je ne veux pas donner de noms, dit l’un des participants, que ce soit les Illuminati, ou les Bilderberg, ou la Commission trilatérale, ou le Vatican… Mais c’est un petit groupe d’hommes qui fument, assis autour d’une grande table. »

En même temps, il y a de quoi se demander si le fait d’avoir été capable de réunir 500 personnes payant 100 $ pour consacrer deux jours dans un hôtel de Caroline du Nord à discuter de Terre plate autour d’ateliers et de tables d’exposants, n’est pas le symptôme de quelque chose de plus profond : le mouvement « est une plongée dans un futur post-vérité; un canari dans la mine de charbon de notre discours politique ». Qui plus est, nouvelles technologies aidant, le groupe est en croissance : la plupart des participants rencontrés par le journaliste ne sont devenus des « Terre-platistes » qu’il y a deux ans, lorsqu’un nommé Eric Dubay a publié un livre numérique, The Flat Earth Conspiracy et lancé un canal sur YouTube. Aujourd’hui, mis bout à bout, ceux des conférenciers qui sont aussi sur YouTube ont 700 000 abonnés. Et le livre de Dubay est disponible en livre de poche. Pour un mouvement qui s’appuie sur une théorie réfutée depuis cinq siècles, et dans une ère dite « de l’information », c’est quelque chose.

Le mouvement s’est branché sur le même sentiment de désillusion sur lequel a surfé Donald Trump, sentiment qui, à présent nourri en ligne par des chambres d’échos, menace la rationalité dans le discours scientifique et politique.