En mai 2015, pratiquement d’un seul coup, on assistait en Asie centrale à la mort de 200 000 saïgas, une espèce cousine de l’antilope. Cette hécatombe, longtemps restée mystérieuse, serait-elle un signe avant-coureur des changements climatiques ?

Chose certaine, dans le cas précis de ces saïgas, on vient d’identifier le climat comme la moitié du problème, l’autre moitié étant une bactérie, Pasteurella multocida. Cette bactérie, lit-on dans une recherche publiée le 17 janvier dans Science, est la plupart du temps inoffensive et vit dans le système respiratoire de l’animal. Mais après avoir écarté d’autres explications sur ce qui aurait pu transformer ce microbe en une arme mortelle — changements dans l’alimentation, présence d’un polluant, virus — les chercheurs se sont arrêtés sur les températures plus chaudes et plus humides de mai 2015. On ignore pourquoi, mais des expériences en laboratoire sur des rats semblent confirmer qu’une hausse de la température aurait un effet délétère sur Pasteurella multocida.

Il est possible que les saïgas soient particulièrement vulnérables parce qu’elles évoluent dans des régions où le climat peut changer très vite. Leur cycle de reproduction s’est d’ailleurs adapté : il permet à la population de récupérer en quelques années. Mais une hécatombe comme celle de 2015 sort de l’ordinaire, au point où l’auteur principal de la recherche, le Britannique Richard Kock, se demande dans le magazine The Atlantic si d’autres espèces risquent de vivre un scénario similaire : « un climat changeant pourrait, par exemple, perturber la relation normale entre un animal et son microbiome, avec des conséquences catastrophiques ». Or, à travers le monde, on semble bel et bien assister à une augmentation des cas de morts en série chez les espèces les plus diverses — de la chauve-souris jusqu’à l’étoile de mer en passant par l’hirondelle — sans qu’on ait pu jusqu’ici pointer une cause unique. C’est un problème d’autant plus préoccupant que, face à un climat changeant, il n’y a pas grand-chose que puissent faire les biologistes, sinon espérer qu’aucun microbe ne réagira mal…