Voilà qu’un journal scientifique se fait applaudir parce qu’il annonce qu’il acceptera de publier des recherches… qui arrivent « en deuxième place ».

C’est devenu un lieu commun que de dire que la recherche est beaucoup plus compétitive qu’à l’époque de nos grands-parents : tout chercheur universitaire sent une pression de son institution pour publier le plus vite et le plus souvent possible. Et les revues y contribuent : si une équipe de chercheurs soumet à une revue un article annonçant une percée sur laquelle travaillait cette équipe depuis des années, mais que des résultats similaires ont été publiés par une autre équipe, dans une autre revue, quelques semaines plus tôt, la nouvelle publication sera souvent refusée. Autrement dit, les revues scientifiques sont comme les grands médias : elles préfèrent avoir un scoop.

La revue PLoS Biology — dont l’éditeur, Public Library of Science, est un organisme à but non lucratif — vient donc d’annoncer en éditorial qu’elle accepterait de publier des articles qui ont été coiffés au poteau ou « scoopés » moins de six mois plus tôt. Et qu’elle les appellerait « recherches complémentaires » plutôt que « recherche scoopées ». « De la même façon que d’être le deuxième à avoir grimpé l’Everest est une réussite remarquable, nous croyons qu’il en est ainsi pour la recherche scientifique résultant d’un groupe qui a (peut-être sans le savoir) répliqué les découvertes importantes d’un autre groupe. »

Le geste est d’autant plus applaudi par une partie de la communauté scientifique que la peur de perdre une « exclusivité » peut conduire à faire beaucoup de petites recherches faciles, qui conduiront à plusieurs publications, plutôt qu’une recherche longue et complexe, qui risque de prendre trop de temps. Le journaliste Ed Yong note dans The Atlantic que cette décision de PLoS Biology… a elle-même été « scoopée » par la revue eLife l’été dernier.