L’une des hantises des exobiologistes n’est pas qu’on trouve un jour des traces de vie sur Mars. C’est qu’on trouve des traces de vie… sans être capable de prouver que c’est de la vie.

« Il y a bien longtemps qu’on a révisé les procédures pour une annonce de vie extraterrestre » résume pour space.com le scientifique en chef du programme d’exploration martien de la NASA. Le magazine donne en exemple un moment où, le mois dernier, les chercheurs ont fait faire demi-tour à la sonde martienne Curiosity pour qu’elle examine de plus près un regroupement de minuscules bâtonnets noirs et blancs. Selon toute probabilité, une origine purement géologique, mais c’était juste assez intrigant pour que certains évoquent de la bioturbation : un processus par lequel de la vie cachée à l’intérieur de sédiments perturbe la structure de ces sédiments. Comment le confirmer ou l’infirmer, avec les limites inhérentes au robot ?

La NASA possède bel et bien un « manuel d’instructions » des étapes de vérification nécessaires à suivre en pareil cas, mais celui-ci a avant tout été rédigé pour « stimuler la discussion », admet-on en introduction : pas facile de mener une recherche complète, sans laboratoire et sans aucun chercheur capable de se pointer sur les lieux… Et même si c’était le cas, pas facile non plus d’en arriver à un consensus : il y a 22 ans, une équipe internationale affirmait que des structures microscopiques trouvées à l’intérieur d’une météorite originaire de Mars (ALH84001) étaient des microbes fossilisés. La plupart des biologistes qualifient depuis longtemps les preuves d’insuffisantes, mais les auteurs s’accrochent toujours à leur annonce, qui leur avait valu une publication en 1996 dans la prestigieuse revue Science.