En annonçant 3,8 milliards $ sur cinq ans pour la science dans le budget fédéral mardi, le ministre canadien des Finances Bill Morneau n’a pas seulement annoncé « un coup de barre » : il a répondu aux doléances d’un milieu qu’on avait rarement vu aussi actif politiquement.

L’an dernier, il avait été noté, jusque dans la revue britannique Nature, que sur le milliard d’argent neuf en recherche, pratiquement rien n’était allé à la recherche fondamentale. « L’emphase sur l’innovation est éclipsée par le gel de financement des trois grands organismes subventionnaires. » Cette année en comparaison, ces trois organismes — CRSNG, IRSC, CRSH — reprennent l’avant-scène, prenant la place des projets spéciaux ou ciblés qui avaient marqué plusieurs budgets des années précédentes. C’était justement là l’une des principales critiques d’un rapport d’experts qui, publié l’an dernier, avait passé en revue le système de financement de la science au Canada, sous la direction de David Naylor, de l’Université de Toronto. Ce dernier pointait aussi un « recul de la science fondamentale au Canada » depuis 15 ans — baisse des fonds fédéraux de 35 % et baisse du nombre de chercheurs — au profit de la recherche orientée vers les besoins de l’entreprise.

À ce sujet, si le budget inclut encore des financements spéciaux pour certaines institutions, il y est souligné que le gouvernement s’appuiera dans le futur sur « une approche de révision par les pairs » pour allouer de tels financements — une chose qui méritait d’être soulignée, note dans Nature Katy Gibbs, directrice de Evidence for Democracy, un organisme qui a été fréquemment à couteaux tirés avec le gouvernement Harper pour son approche du financement de la recherche. David Naylor voit pour sa part dans ce budget une victoire de tous ces regroupements disparates de scientifiques, d’étudiants et de chercheurs en début de carrière, qui ont travaillé depuis quelques années — et notamment lors de la campagne électorale fédérale de 2015 — pour que la science « parle d’une seule voix ». Selon Katy Gibbs, « c’était la première fois que la communauté scientifique se tenait ensemble et agissait comme un groupe de lobby unifié ».