Pour un gouvernement, créer une « réserve naturelle » ou une aire « protégée », c’est facile. Mais faire en sorte qu’elle soit vraiment protégée, c’est autre chose.

À travers le monde, jusqu’à un tiers de ces aires protégées ne le sont pas vraiment, selon une analyse coup-de-poing publiée en mai dans la revue américaine Science. Elles sont soumises à une « intense pression humaine » : urbanisation, exploitation pétrolière ou gazière, construction de routes, etc. Une statistique d’autant plus troublante que, vu par l’autre bout de la lorgnette, les progrès semblaient significatifs : entre 1992 (signature de la Convention internationale sur la diversité biologique) et 2018, la proportion d’aires terrestres protégées (excluant les zones marines protégées) est passée de 9 à 15 %.

L’analyse ne surprend pas les experts du domaine, mais elle peut étonner le grand public, habitué à n’entendre que les annonces gouvernementales positives sur la création de telle ou telle nouvelle zone. En fait, comme le note dans le New York Times l’auteur Richard Conniff, « c’est largement célébré comme un des rares succès dans la course à la conservation de la nature » : par exemple, rien qu’entre 2004 et 2014, les nations du monde ont créé pas moins de 43 000 nouvelles zones protégées, sur terre et sur mer. D’ici 2020, l’objectif est d’atteindre 17 % des terres émergées et 10 % des océans.

Sauf que de mesurer la conservation de la nature uniquement en millions de kilomètres carrés, c’est l’équivalent de gérer les soins de santé uniquement sur la base du nombre de lits d’hôpitaux, lisait-on dans une analyse similaire parue en mars, « indépendamment de la présence d’une équipe soignante »… ou du nombre de patients qui meurent. 

La Convention sur la diversité biologique fournit les outils pour une réelle conservation de la nature, concluent les auteurs de l’analyse dans Science, à condition que les gouvernements veuillent bien en respecter l’esprit et non la lettre. En attendant, il existe même un site consacré exclusivement au suivi des « empiètements » sur ces zones, appelé PADDD — pour Protected Areas Downgrading, Downsizing and Degazettement (ou dévalorisation, rapetissement et déclassement).