Papa Dénisovien, maman Néandertalienne ? La découverte annoncée cette semaine surprend même les experts en génétique préhistorique : ce n’est pas qu’on doutait qu’un jour on trouverait davantage de preuves de croisements entre ces deux espèces humaines dans notre lointain passé, c’est plutôt qu’on ne s’attendait pas à trouver si vite un individu dont les parents appartenaient aux deux espèces. Combien d’autres à venir ?

La recherche parue mercredi dans les pages de la revue Nature signifie en effet que notre planète a peut-être jadis été peuplée d’un nombre beaucoup plus élevé de ces descendants de « couples mixtes ». Le fragment de crâne est âgé de 90 000 ans — soit une époque où l’Homo sapiens commençait à peine à s’aventurer hors de l’Afrique, alors que les Néandertaliens et les Dénisoviens, eux, parcouraient respectivement l’Europe et l’Asie depuis des dizaines de milliers d’années. Ce fragment a été découvert près de la rivière Anouï, en Sibérie — là même où se trouve la caverne Denisova, où fut trouvé le fragment d’os qui a révélé en 2010 de l’ADN d’un groupe humain jusque-là inconnu — ce groupe qu’on appelle aujourd’hui les Dénisoviens.

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Représentation simplifiée de la dispersion de nos cousins, avant que l'Homo sapiens ne quitte l'Afrique. (Wikipedia Commons)
 

Depuis des années, chaque nouveau décodage d’un génome préhistorique contient des informations qu’on présente généralement en pourcentage : telle proportion d’ADN néandertalien, telle proportion de dénisovien… Mais dans ce cas-ci, explique la généticienne Viviane Slon dans le New York Times, les chercheurs ont dû se rendre à l'évidence : dans chaque paire de chromosomes, l’un était vraisemblablement Néandertalien, l’autre, Dénisovien. Pour la première fois, on se retrouve devant un individu — une adolescente — qui était non pas « la descendante de », mais « l’enfant de ».

S’il y en a eu beaucoup d’autres comme elle à son époque, se pose donc une importante question : pourquoi ces deux « espèces humaines » n’ont pas fusionné. En effet, les génomes récoltés jusqu’à présent révèlent qu’elles sont restées distinctes pendant toute leur longue histoire. Et il en a été de même après l’arrivée des Homo sapiens : toutes les populations contemporaines qui sont de descendance autre qu’africaine portent des fragments d’ADN néandertalien en elles, et les populations d’Asie de l’Est et d’Océanie, entre autres, portent aussi en elles de l’ADN dénisovien.  Une explication possible est que ces « cousins », parce que moins nombreux, ont été absorbés dans la population croissante d’Homo sapiens, et leurs gènes s’en sont trouvés dilués. Mais l’autre explication, la plus couramment acceptée jusqu’ici, est plutôt qu’ils ont été poussés à l’extinction par nos ancêtres qui empiétaient de plus en plus sur leurs territoires de chasse. La réponse viendra peut-être de la génétique.