Des singes rhésus se sont ajoutés à la courte liste des animaux qui peuvent se reconnaître dans un miroir. Mais pour ça, il a fallu passer par un chemin compliqué, qui suggère que cette « reconnaissance de soi » est quelque chose qu’un animal peut apprendre.

On présume en effet depuis longtemps que cette capacité est innée : dans toutes les expériences réussies par des grands singes, des dauphins et d’autres, personne ne leur a appris. On leur a présenté un miroir, et on a observé leurs réactions.

Mais même ainsi, la liste comprend des anomalies : pourquoi le chimpanzé se reconnaît-il dans le miroir, mais (en général) pas le gorille ? Pourquoi le pigeon, mais pas la plupart des autres oiseaux ? Les biologistes en déduisent donc que l’hypothèse courante — la reconnaissance de soi viendrait avec un cerveau suffisamment gros pour pouvoir réaliser des opérations mentales complexes — a des trous. Mais comment le tester ?

Une équipe de l’Institut de Shanghai des sciences biologiques a conçu l’an dernier une expérience pour les petits singes rhésus vivant en captivité — des animaux qui, étrangement, semblaient parfois réussir le test du miroir, et parfois non. Ils ont eu l’idée d’enseigner à certains d’entre eux, qui ne se reconnaissaient apparemment pas dans le miroir, à associer vision et mouvement en leur donnant une récompense chaque fois qu’ils pouvaient toucher la lumière d’un pointeur laser. Au début, l’humain pointait le laser vers un mur facile à atteindre, et graduellement, le faisait briller dans des endroits qui ne pouvaient être vus que dans un miroir. Après quelques semaines de ce petit jeu, les singes rhésus étaient capables de se reconnaître dans le miroir.

La possibilité qu’il s’agisse de quelque chose que ces singes puissent apprendre pose des questions qui sont au cœur même de notre propre évolution, écrit la doctorante Sofia Deleniv dans le New Scientist : à quel moment nos ancêtres ont-ils franchi cette étape ? Peut-il y avoir des retours en arrière, comme le suggère le cas des gorilles ? Des pressions environnementales peuvent-elles conduire au développement du concept du « moi » parce que celui-ci s’avère un avantage évolutif ?