Votre grand-père vous annonce du mauvais temps lorsque son arthrose aux genoux s’amplifie. Votre belle-sœur se plaint de son arthrite rhumatoïde les jours de pluie. Nos articulations jouent-elles vraiment le rôle de station météo ?

D’où vient cette croyance ?

Depuis toujours, des gens sont convaincus que le climat influence leurs rhumatismes, notamment leur arthrite. Leurs douleurs inflammatoires chroniques, disent-ils, augmenteraient particulièrement à l’approche du mauvais temps. Selon des données cliniques relevées par des chercheurs de partout dans le monde, notamment dans cette étude néerlandaise, plus de 60 % des gens consultés pensent que la pluie et la température aggravent leurs symptômes d’arthrose, l’une des principales formes d’arthrite. Certains avancent même qu’ils peuvent prédire la météo d’après l’intensité de leurs douleurs.

« Lorsqu’on souffre, on cherche une cause. La météo devient le parfait bouc émissaire », pense Louis Bessette, rhumatologue au Centre de recherche du CHU de Québec. Cela dit, la médecine ne rejette pas la possibilité d’un lien. « Les différences de pression barométrique par exemple pourraient affecter les nerfs de la membrane synoviale qui tapisse l’intérieur d’une articulation et ainsi augmenter la sensation de douleur », signale-t-il. Les spécialistes avancent aussi que des tremblements musculaires initiés par le corps pour se réchauffer en présence de froid ou d’humidité pourraient exercer une traction sur les structures articulaires malades et amplifier la douleur. Ces explications ne sont par contre que des hypothèses.

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Ce que la recherche en dit

Plusieurs études scientifiques ont comparé les données des stations météorologiques avec les mentions d’épisodes douloureux de personnes aux prises avec des rhumatismes. Les résultats ? Contradictoires. Par exemple, en réalisant une revue de littérature sur le sujet, des chercheurs des Pays-Bas ont notamment recensé quatre études associant une augmentation de la température à une baisse de la douleur articulaire, une qui semble démontrer le contraire et cinq qui n’établissent aucune corrélation.

« Ces résultats divergents s’expliquent par le fait que plusieurs travaux de recherche utilisent une méthodologie boiteuse qui fausse les données », mentionne Louis Bessette. Le rhumatologue donne comme exemple des études dont les participants savent qu’ils sont recrutés pour une analyse de leurs douleurs en fonction des conditions météorologiques. Le besoin de vouloir trouver une cause à la douleur influence la perception et rend les résultats non valides.

Pour remettre les pendules à l’heure, ces mêmes scientifiques néerlandais ont entrepris en 2014 une étude — auprès d’un nombre scientifiquement valable de participants n’étant pas au courant des objectifs de la recherche — pour percer le mystère de la météosensibilité des personnes arthritiques. Ils ont analysé les symptômes cliniques de patients atteints d’arthrose de la hanche en lien avec plusieurs conditions climatiques. Parmi les résultats obtenus : une hausse de 10 % d’humidité relative fait grimper le niveau de douleur de 1… sur une échelle de 100. En raison de ce faible impact, les chercheurs concluent que la corrélation entre douleurs articulaires et humidité n’est pas scientifiquement significative. Une étude australienne réalisée en 2016 arrive sensiblement aux mêmes conclusions.

Une dizaine d’années plus tôt, les chercheurs néerlandais Wiebe Patberg et Johannes Rasker avaient aussi passé en revue des dizaines de travaux pour statuer que les variations climatiques ne se faisaient sentir que là où la personne ne portait pas de vêtements.

En 2015, une étude européenne s’est penchée sur l’influence de la météo sur la douleur articulaire de personnes âgées souffrant d’arthrose aux genoux, aux mains ou aux hanches. Si les chercheurs ont trouvé un lien entre la douleur et les valeurs moyennes quotidiennes d’humidité et de température, ils n’en ont trouvé aucun entre les variations météorologiques d’une journée à l’autre et des symptômes arthritiques plus prononcés.

Les observations personnelles faites par le Dr Louis Bessette en clinique abondent dans le même sens : le rhumatologue n’a pas observé de relation entre les crises de douleurs aiguës de ses patients souffrant d’arthrite et les conditions climatiques.

Le verdict

Les personnes souffrant de rhumatisme ne sont pas météosensibles. Selon les études citées plus haut, le lien entre une augmentation de la douleur et certaines conditions climatiques est tellement ténu qu’il n’est pas considéré significatif pour la science. Comment expliquer alors que deux tiers des patients suivis par des rhumatologues affirment avoir plus mal lorsque le temps est maussade ? « Il faut regarder du côté du mode de vie notamment », pense le Dr Bessette. Par exemple, quand il fait froid ou qu’il pleut, les gens restent à l’intérieur et bougent peu. C’est l’inactivité et non la température froide et l’humidité, qui exacerberait la douleur.

— Nathalie Kinnard, journaliste