À des centaines de kilomètres de la surface de la Terre, des satellites géants ont été mis en place pour contrôler le climat de notre planète et réduire les impacts du réchauffement. C’est le scénario derrière le film Géotempête, au cinéma depuis le 20 octobre. De la pure science-fiction ? Détrompez-vous ! Le projet anime les ingénieurs depuis de nombreuses années. Le Détecteur de rumeurs profite de l’occasion pour départager le vrai du faux sur la géoingénierie.

1) En théorie, l’idée est réalisable

Alors que les changements climatiques nous menacent, la géoingénierie se targue d’avoir des solutions de grande envergure pour manipuler le climat : par exemple, mettre en orbite des miroirs géants qui reflèteraient une partie des rayons du Soleil. Ou pomper des tonnes d’eau de mer dans les nuages pour, là aussi, réfléchir le rayonnement solaire… Selon les tenants de cette idée, on pourrait ainsi maintenir la hausse de température globale sous la barre des 2 degrés Celsius, objectif officiellement fixé en 2015 par tous les pays présents à la Conférence de Paris sur les changements climatiques.

Quant à la solution présentée dans le film — créer un réseau de satellites qui régit de façon indépendante le climat de chaque pays —, celle-ci semble tirée par les cheveux : « c’est pratiquement impossible de cibler une seule région en pensant que toutes les autres seront épargnées. L’atmosphère ne fonctionne pas ainsi : elle est interconnectée », a commenté au magazine Smithsonian Ken Caldeira, du Département d’écologie de l’Institut scientifique de Carnegie.

La solution la plus crédible envisagée par les géoingénieurs reste celle de créer un écran de particules autour de la Terre, dans le but de bloquer les rayons du soleil et ainsi, ralentir le réchauffement de notre planète.

L’idée est de reproduire des éruptions volcaniques. En relâchant des tonnes d’aérosols dans la stratosphère, les volcans reflètent une grande partie du rayonnement solaire et abaissent temporairement la température à la surface du globe.

« Cette idée est réalisable », estime Bruno Tremblay, du Département des sciences atmosphériques et océaniques de l’Université McGill. « Lors d’une éruption volcanique, il y a une baisse de 1 ou 2 °C qui peut s’étendre sur une dizaine d’années ».

Selon lui, le projet n’est pas pour autant souhaitable. « L’effet serait plus prononcé au début. Il faudrait donc répéter l’ensemencement presque chaque année. »

2) Mais on en est encore loin

Sur papier, l’idée semble simple, presque trop facile. Pourtant, personne n’a encore tenté l’expérience. Frank Keutsch, de l’Université Harvard, est considéré comme un pionnier dans le domaine. C’est d’ailleurs lui qui pilotera le premier test de géoingénierie, SCoPEX, dans la prochaine année. L’expérience se déroulera d’abord à très petite échelle : un ballon relâchera de 100 grammes à 1 kilo de glace et de carbonate de calcium afin de créer une perturbation de l’air d’environ un kilomètre de long. Rien à voir avec la technologie utilisée dans Géotempête qui couvre toute la planète !

Quelle quantité d’aérosols devrions-nous déployer pour couvrir le monde entier ? Pour certains chercheurs, comme le météorologue Paul Crutzen, cela pourrait atteindre un million de tonnes de particules déployées par des centaines de petites fusées. Le coût d’un tel projet : jusqu’à 10 milliards de dollars par an.

3) Impossible d’en prévoir tous les effets

Le climat ne fonctionne toutefois pas comme un interrupteur et les processus climatiques sont complexes. S’il est difficile de déterminer précisément quels seront les effets, les modèles climatiques nous en donnent un aperçu plutôt inquiétant.

« On ne comprend pas assez le système climatique pour prévoir tous les effets », avance M. Tremblay. « Mais ce que nos modèles climatiques prédisent, c’est que ça aura un effet sur le cycle hydrologique ». Résultat : les Tropiques feraient face à des périodes de sécheresse alors que les régions plus près des pôles auraient des précipitations plus abondantes.

4) Qui prendra la décision ?

Le film semble suggérer une collaboration internationale, avec un contrôle américain. Dans la réalité, qui prendrait cette lourde décision, sachant que certains pays sont à risque ? Car si cette expérience a lieu, c’est en effet la planète entière qui en deviendra le cobaye. Impossible de circonscrire les conséquences à un seul État. Le thermostat de la planète se retrouvera donc entre les mains de celui ou ceux qui l’auront mis en place.

« Pour l’instant, il n’y a pas d’instance internationale qui a le pouvoir de réglementer tout ça de façon efficace », explique Bruno Tremblay.

 

Laurie Noreau