ROME — L'explosion des médias voués à la vérification des faits — et le succès populaire de certains d'entre eux — témoigne d'un besoin, chez une partie du public, de mettre de l'ordre dans la surdose d'information. Mais en certaines circonstances, il est également possible au public et aux vérificateurs de se parler. Trois cas présentés au congrès Global Fact 5, la semaine dernière.


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Près de 200 réponses par mois

Désormais, « nous ne vérifions que ce que les gens nous demandent de vérifier », résume la journaliste Pauline Moullot, du service français CheckNews. Il s'agissait à l'origine de la rubrique Désintox du quotidien Libération, née d'une expérience de vérification des déclarations des candidats aux élections. Libération lui a donné une orientation nouvelle en septembre 2017 : uniquement répondre aux questions du public. Ce qui va des demandes de vérification proprement dites jusqu'aux questions d'information sur tous les sujets possibles et imaginables. 8000 questions reçues depuis 10 mois, 1600 « réponses uniques » publiées. Ils étaient trois journalistes, ils sont maintenant huit, a expliqué Moullot. « Les réponses vont de quelques mots à quelques milliers de caractères » et le temps nécessaire pour en écrire une va de quelques heures à, dans un cas... six mois.

Pourquoi avoir fait ce virage ? « Pour être redevable devant nos lecteurs, rejoindre une nouvelle audience et renouveler la confiance du public envers les médias. »

Quand le public devient vérificateur

Collaboration encore plus étroite avec le public dans le cas de l'initiative The Observers — un autre projet français, comme son nom l'indique. Ici, c'est le public, où qu’il soit dans le monde, qui fournit « les vérificateurs amateurs d'images ».

« Des gens ordinaires qui deviennent des sources fiables d'info » est venu expliquer à Global Fact le rédacteur en chef chez France 24, Derek Thomson. Qu'il s'agisse d'une photo ou d’une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux après une tragédie ou d'une image dont un lecteur questionne l'authenticité, le principe est le même : The Observers demande à son réseau si quelqu'un peut identifier le lieu, les gens ou les circonstances. La plateforme diffuse à présent en quatre langues : français, anglais, arabe, persan.

Antonio Martinez, directeur du projet mexicain Horizontal, qui a lui aussi fait appel à l’expertise du public après le tremblement de terre de février, a suggéré à ce sujet un double mot d’ordre : vérifier veut dire que vous l’avez vu de vos propres yeux ou que vous avez parlé à deux personnes qui l'ont vu.

Un mantra qui pourrait figurer en bonne place dans les efforts d’éducation aux médias du Détecteur de rumeurs...

Aller à la rencontre d'un public récalcitrant

Aller rejoindre un public récalcitrant peut aussi prendre le détour de l’éducation aux médias : c’est le pari qu’a pris PolitiFact en faisant une tournée de trois États américains, choisis parmi ceux qui ont voté pour Trump.

C’est que PolitiFact a beau se définir comme non-partisan, seulement 8 % de ses lecteurs seraient d’allégeance républicaine, est venu dire à Global Fact son directeur, Aaron Sharockman. Et dans un climat où 88 % des partisans de Trump jugent que les médias vérificateurs des faits tordent la vérité, on part de loin.

Ils sont donc quatre journalistes à avoir consacré l’automne dernier une semaine dans chacun de ces trois États, à des rencontres formelles et informelles. Dans les mois qui ont suivi, ils ont aussi produit 54 textes de vérification sur des enjeux locaux.

Impact : alors qu’une semaine avant cette visite, la moitié des électeurs de ces États jugeaient PolitiFact « non biaisé » et que l’autre moitié n’était « pas sûre », six mois plus tard, ceux qui les jugeaient non biaisés étaient passés à 80 %.