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Le 25 février 2004



 

Le suicide chez les aînés

(ASP) - Alors que les médias gardent le suicide des jeunes dans leur mire, de nombreux aînés passent à l'acte sans bruit.

Parler du suicide s'avère toujours aussi difficile. "C'est une problématique reliée à la dépression. Et comme tous les problèmes de santé mentale, on n'en parle pas", relève Michel Préville, qui vient de réaliser une étude sur Le suicide chez les personnes âgées du Québec dévoilée lors d'une conférence organisée par le Centre de recherche sur le vieillissement.

Depuis 30 ans, les personnes âgées sont beaucoup plus nombreuses à mettre fin à leurs jours. Le taux chez les 65 ans et plus aurait été 30% plus élevé que chez les 10-19 ans entre 1996 et 1999. Le chercheur constate une hausse de 85 % entre 1977 et 1999. Si la tendance se maintient, cette progression atteindra 248% en 2043 ! "C'est tout simplement une question de démographie. Dans 40 ans, les personnes âgées seront deux fois plus nombreuses qu'aujourd'hui", maintient le professeur agrégé au département de sciences de la santé communautaire de la Faculté de médecine de l'université Sherbrooke.

Et il prévoit que le taux de suicide va connaître un fort boom dans le siècle qui commence, en grande partie parce que la cohorte des baby-boomers présente plus de vulnérabilité face au suicide. "Ils sont moins tolérants face aux frustrations touchant leur qualité de vie et ne possèdent souvent plus la "protection" de la religion qui freinerait leur geste", soutient ce spécialiste de la santé mentale et des comportements sociaux de santé (usage des services, utilisation des psychotropes, etc.) chez les personnes âgées.


Deux poids, deux mesures

"On pense que c'est normal que les personnes âgées pensent à la mort et le verbalisent. Tandis que dans le cas d'un jeune, on va tout de suite penser au suicide et tenter de l'aider", dit Michel Préville.

Dans notre société, le suicide est non seulement plus acceptable chez une personne de plus de 65 ans que chez un jeune mais aussi vu comme un droit lorsque la qualité de vie décroît. Cette dimension sociale du suicide varie d'un pays à l'autre. Certains, comme la Suisse ou les Pays-Bas, ont même légiféré dans ce sens. Plus près de nous, l'État de l'Oregon a adopté une loi sur le suicide médicalement assisté et le Sénat du Canada a amorcé des études sur le statut légal du suicide (http://www.parl.gc.ca/english/senate/com-f/euth-f/rep-f/lad-f.htm).

Souvent, l'image que l'on a d'une personne âgée est celle d'une personne sénile et en perte d'autonomie. "Alors si elle se suicide c'est moins grave que pour un jeune", s'indigne le chercheur. Son étude montre pourtant que les personnes âgées qui mettent fin à leurs jours ne présentaient pas plus de problèmes chroniques de santé ni moins de perte d'autonomie que le groupe témoin. Ils s'avèrent par contre beaucoup plus déterminés que leurs cadets : quatre tentatives leur suffisent avant de parvenir à leurs fins contre entre 100 et 200 tentatives pour un jeune.


Un geste définitif

Tous les chercheurs se questionnent : qu'est-ce qui se cache derrière ce geste ? Ils mettent généralement en avant deux composantes, l'individuelle (vulnérabilité) et la sociale. "Notre hypothèse est qu'il existe une blessure narcissique dans chaque cas de suicide. Lorsque les circonstances grugent ce que la personne évalue comme ses besoins vitaux, cette blessure entraîne une perte de l'estime de soi et des idées suicidaires", déclare Michel Préville.

L'étude montre que si, majoritairement, les personnes âgées qui se sont suicidées disposaient d'une meilleure santé que le groupe témoin, elles présentaient par contre un risque élevé de troubles psychiatriques. Des événements stressants (problèmes familiaux, monétaires, etc.) combinés à des facteurs comme l'isolement, constituent une bonne recette pour un état dépressif.

Cette problématique touche plus particulièrement les hommes. Ils sont quatre fois plus à risque de commettre un tel geste, jusqu'à sept fois plus pour les veufs âgés. Arme à feu, noyade: ils mettent également fin à leurs jours de manière plus violente que les femmes. "On soupçonne une hypothèse génétique : les hommes sont plus impulsifs, ce qui serait lié à une plus grande sécrétion d'hormones, telle la sérotonine. La violence masculine s'avère aussi plus acceptée socialement, par contre il est plus honteux de se rater pour un homme que pour une femme", explique le chercheur.

Avant leur geste, 75% des personnes ont exprimé des idées de mort ou montré un comportement suicidaire. C'est pourquoi le chercheur pense qu'il est possible de dresser un plan de prévention. Michel Préville demande au Ministère de la santé et des services sociaux de réviser sa Stratégie québécoise d'action face au suicide pour désigner les personnes âgées comme un des groupes prioritaires, tout en améliorant l'accessibilité pour eux à des services de santé mentale et en développant une action préventive destinée à leurs familles et amis.

 

Isabelle Burgun

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