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Le 31 mars 2005



Les maladies auto-immunes dans le collimateur

(ASP) - André Veillette se considérait pourtant comme un chercheur théorique. Il étudiait une maladie très rare de l’humain — la maladie lymphoproliférative liée au chromosome X. De cette maladie, il scrutait le fonctionnement de certaines molécules à l’intérieur d’un certain type de globules blancs. Et le voilà avec une découverte qui suscite un espoir contre le diabète, le lupus ou l'arthrite rhumatoïde.

Ces maladies ont un point commun: elles sont associées à un dysfonctionnement de notre système immunitaire. On les appelle pour cette raison des maladies auto-immunes. Or, il s'avère que les molécules dont il est question ici, en plus d'être un élément-clef dans la manifestation de la maladie rare étudiée par André Veillette, assurent également une fonction de base des systèmes immunitaires normaux.

" Les patients reçoivent parfois des traitements dévastateurs qui détruisent toutes les cellules du système immunitaire, ce qui les rend vulnérables à toute maladie ", rappelle le biologiste de l’Institut de recherche clinique de Montréal. Sa percée permet d'imaginer qu'on puisse "taire", ou mettre en sommeil, certaines fonctions de notre système immunitaire lors de tels traitements, afin d'éviter qu'il ne se dérègle. Et ces molécules seraient le moyen de le mettre en sommeil.

Pour en arriver là, le Dr Veillette est allé tester les fins engrenages du système immunitaire. En travaillant avec des souris mutées, il a tout simplement fait comme avec une horloge : il enlevait des molécules, une après l’autre, et observait les conséquences.


De fil en aiguille

L'un de ces engrenages, ce sont les lymphocytes T auxiliaires, un type de globule blanc Leur mission est d’alerter de la présence d'un ennemi les autres cellules de notre système de défense. Recevant ces signaux, les lymphocytes B et leurs collègues se multiplient, produisent des anticorps et partent en guerre contre l’ennemi. Le signal en question des lymphocytes T auxiliaires prend la forme d'une substance émise par eux, la cytokine: une sorte d'interrupteur (ou récepteur) appelé SLAM, situé à la surface du lymphocyte T actionne, à l'intérieur du lymphocyte, un effet domino, qui déclenche la production de la cytokine.

Or, il arrive que notre système immunitaire soit déréglé au point d'identifier comme un ennemi une partie de notre foie, de notre rein ou de notre système articulaire. Dans de tels cas, il peut s’avérer utile de le faire " taire " pour un certain temps, en désactivant cet effet domino. On éviterait ainsi de tuer le système immunitaire, comme le font parfois les traitements actuels. " C’est toujours ce à quoi on aspire en pharmaceutique : trouver des traitements moins généraux, plus spécifiques, avec moins d’effets secondaires, plus efficaces. "

" On ne pensait pas que ça nous mènerait à ça. Nous sommes partis d’une maladie très rare chez l’humain pour finalement ouvrir une fenêtre sur quelque chose de beaucoup plus fondamental. Et c’est là qu’on s’est dit : Wow!"

Cette percée inspire grandement la suite des travaux. Quel est le mécanisme exact qui mène à la production de cytokine? " Le travail ne sera pas facile. Plus on pénètre dans la cellule, moins les mécanismes sont clairs. "

"  Ce qui m’intéresse c’est la connaissance pure, alors lorsque vient le temps de faire des médicaments, je préfère laisser ça aux autres! " plaisante André Veillette. Des compagnies pharmaceutiques se sont en effet montrées intéressées à sa percée. Il s’agira de trouver un moyen capable de faire taire, d’inhiber, ces fameuses molécules, en particulier le récepteur SLAM. Et ce n’est pas pour demain...  " Typiquement, à partir du moment où il y a une découverte, on dit qu’il faut 15 ans avant qu’un médicament puisse se retrouver sur les tablettes de votre pharmacie... "

Binh An Vu Van

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