Les maladies auto-immunes
dans le collimateur
(ASP) - André Veillette se considérait
pourtant comme un chercheur théorique. Il étudiait
une maladie très rare de lhumain la
maladie lymphoproliférative liée au chromosome
X. De cette maladie, il scrutait le fonctionnement de
certaines molécules à lintérieur
dun certain type de globules blancs. Et le voilà
avec une découverte qui suscite un espoir contre
le diabète, le lupus ou l'arthrite rhumatoïde.
Ces maladies ont un point commun: elles
sont associées à un dysfonctionnement de
notre système immunitaire. On les appelle pour
cette raison des maladies auto-immunes. Or, il s'avère
que les molécules dont il est question ici, en
plus d'être un élément-clef dans la
manifestation de la maladie rare étudiée
par André Veillette, assurent également
une fonction de base des systèmes immunitaires
normaux.
" Les patients reçoivent
parfois des traitements dévastateurs qui détruisent
toutes les cellules du système immunitaire, ce
qui les rend vulnérables à toute maladie
", rappelle le biologiste de lInstitut de recherche
clinique de Montréal. Sa percée permet d'imaginer
qu'on puisse "taire", ou mettre en sommeil, certaines
fonctions de notre système immunitaire lors de
tels traitements, afin d'éviter qu'il ne se dérègle.
Et ces molécules seraient le moyen de le mettre
en sommeil.
Pour en arriver là, le Dr Veillette
est allé tester les fins engrenages du système
immunitaire. En travaillant avec des souris mutées,
il a tout simplement fait comme avec une horloge :
il enlevait des molécules, une après lautre,
et observait les conséquences.
De fil en aiguille
L'un de ces engrenages, ce sont les lymphocytes
T auxiliaires, un type de globule blanc Leur mission est
dalerter de la présence d'un ennemi les autres
cellules de notre système de défense. Recevant
ces signaux, les lymphocytes B et leurs collègues
se multiplient, produisent des anticorps et partent en
guerre contre lennemi. Le signal en question des
lymphocytes T auxiliaires prend la forme d'une substance
émise par eux, la cytokine: une sorte d'interrupteur
(ou récepteur) appelé SLAM, situé
à la surface du lymphocyte T actionne, à
l'intérieur du lymphocyte, un effet domino, qui
déclenche la production de la cytokine.
Or, il arrive que notre système immunitaire
soit déréglé au point d'identifier
comme un ennemi une partie de notre foie, de notre rein
ou de notre système articulaire. Dans de tels cas,
il peut savérer utile de le faire " taire "
pour un certain temps, en désactivant cet effet
domino. On éviterait ainsi de tuer le système
immunitaire, comme le font parfois les traitements actuels.
" Cest toujours ce à quoi on aspire
en pharmaceutique : trouver des traitements moins
généraux, plus spécifiques, avec
moins deffets secondaires, plus efficaces. "
" On ne pensait pas que ça
nous mènerait à ça. Nous sommes partis
dune maladie très rare chez lhumain
pour finalement ouvrir une fenêtre sur quelque chose
de beaucoup plus fondamental. Et cest là
quon sest dit : Wow!"
Cette percée inspire grandement la
suite des travaux. Quel est le mécanisme exact
qui mène à la production de cytokine? " Le
travail ne sera pas facile. Plus on pénètre
dans la cellule, moins les mécanismes sont clairs.
"
" Ce qui mintéresse
cest la connaissance pure, alors lorsque vient le
temps de faire des médicaments, je préfère
laisser ça aux autres! " plaisante André
Veillette. Des compagnies pharmaceutiques se sont en effet
montrées intéressées à sa
percée. Il sagira de trouver un moyen capable
de faire taire, dinhiber, ces fameuses molécules,
en particulier le récepteur SLAM. Et ce nest
pas pour demain... " Typiquement, à
partir du moment où il y a une découverte,
on dit quil faut 15 ans avant quun médicament
puisse se retrouver sur les tablettes de votre pharmacie... "
Binh An Vu Van