Dans l'assiette des aînés
(ASP) - "Les aînés souffrent
plus de dénutrition que de malnutrition. Ils ont
bonnes habitudes alimentaires mais ne mangent pas assez",
constate Hélène Payette, qui se penchera,
au cours des cinq prochaines années, sur l'assiette
de 2000 personnes âgées.
Lorsqu'une personne prend de l'âge,
divers changements physiologiques apparaissent, capables
d'influencer son alimentation. Ainsi, la "disphalgie",
la difficulté à avaler, incite à
faire des choix, par exemple à préférer
les aliments mous. Tout en conservant de bonnes habitudes
-comme de consommer trois repas par jour avec des portions
équilibrées- ces choix réduisent
souvent l'apport nutritionnel. Et celui-ci devient insuffisant
pour les maintenir en bonne santé. Des problèmes
économiques peuvent aussi jouer sur la capacité
à bien se nourrir.
C'est sur tout cela que se penchera l'équipe
d'Hélène Payette, directrice du Centre de
recherche sur le vieillissement et chercheuse principale
de cette étude longitudinale de cinq ans sur la
nutrition des aînés de Sherbrooke, Montréal
et Laval.
Car cette dénutrition a des conséquences
sur la qualité de vie. Une autre recherche québécoise
réalisée sur des personnes en perte d'autonomie
et vivant à domicile a montré qu'elles ont
de la difficulté à se mobiliser pour préparer
et consommer des aliments. Hélène Payette
avait ainsi suivi 800 personnes sur dix ans. La mise en
place d'un programme de dépistage et de prévention,
à l'aide d'un suivi diététique, a
permis de stopper la perte de poids chez de nombreux participants
et, dans certains cas, de leur en faire regagner. Diverses
études montrent par ailleurs l'impact d'une réalimentation
sur la perception de la personne à réaliser
les activités courantes et sur sa vitalité.
Moins d'appétit qu'avant
Hélène Payette s'est également
intéressée à la "sarcopénie".
Cette diminution de la masse musculaire liée au
vieillissement entraîne une chute radicale de l'activité
physique. Moins la personne est active, moins elle va
s'alimenter et moins elle a de force, moins elle va être
active. Un cercle vicieux: "moins on mange, moins on a
faim. C'est une spirale qui est difficile de briser".
Sans compter que vieillir influe également sur
les fonctions sensorielles, telle la perception, le goût
ou l'odorat.
"Comment s'opèrent les changements
qui surviennent dans l'alimentation ? Quels sont les facteurs
liés au vieillissement ? Quels sont les bénéfices
d'une augmentation de l'apport alimentaire? Cette personne
va-t-elle retrouver de la force et de l'autonomie", s'interroge
Hélène Payette. Toutes des questions auxquelles
les chercheurs ont peu de réponses: les études
sur la nutrition des personnes âgées s'avèrent
encore une denrée rare en Amérique du Nord
Des habitudes alimentaires méconnues
"On ne sait rien sur l'alimentation des
personnes âgées. La dernière enquête
canadienne sur la nutrition remonte aux années
'70 et cette catégorie de la population en était
exclue", se rappelle Hélène Payette.
À ses côtés figurent
une quinzaine de chercheurs de quatre universités
du Québec et deux de l'Ontario: Carole Greenwood
de l'université de Toronto, spécialiste
du dépistage nutritionnel et Heather Keller de
l'université de Guelph, spécialiste de la
nutrition chez les adultes âgés. La collecte
de données sera considérable et multiple.
"Nous allons recueillir plus d'un millier de données
par personne, des échantillons biologiques en passant
par des questionnaires sur la nutrition et les apports
alimentaires."
Convoqués une fois par année,
les participants de l'étude devront rendre compte
des événements importants touchant à
leur santé et leur alimentation. Ils devront également
se soumettre à un examen (taille, poids, circonférence
des membres, plis cutanés, etc.) Cette étude
en est une d'observation: il n'y aura donc pas de jugement
sur l'alimentation des participants ou de conseils nutritionnels.
L'objectif reste d'apprendre comment le vieillissement
influence nos assiettes et notre appétit.