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Le 16 avril 2004



 

Dans l'assiette des aînés

(ASP) - "Les aînés souffrent plus de dénutrition que de malnutrition. Ils ont bonnes habitudes alimentaires mais ne mangent pas assez", constate Hélène Payette, qui se penchera, au cours des cinq prochaines années, sur l'assiette de 2000 personnes âgées.

Lorsqu'une personne prend de l'âge, divers changements physiologiques apparaissent, capables d'influencer son alimentation. Ainsi, la "disphalgie", la difficulté à avaler, incite à faire des choix, par exemple à préférer les aliments mous. Tout en conservant de bonnes habitudes -comme de consommer trois repas par jour avec des portions équilibrées- ces choix réduisent souvent l'apport nutritionnel. Et celui-ci devient insuffisant pour les maintenir en bonne santé. Des problèmes économiques peuvent aussi jouer sur la capacité à bien se nourrir.

C'est sur tout cela que se penchera l'équipe d'Hélène Payette, directrice du Centre de recherche sur le vieillissement et chercheuse principale de cette étude longitudinale de cinq ans sur la nutrition des aînés de Sherbrooke, Montréal et Laval.

Car cette dénutrition a des conséquences sur la qualité de vie. Une autre recherche québécoise réalisée sur des personnes en perte d'autonomie et vivant à domicile a montré qu'elles ont de la difficulté à se mobiliser pour préparer et consommer des aliments. Hélène Payette avait ainsi suivi 800 personnes sur dix ans. La mise en place d'un programme de dépistage et de prévention, à l'aide d'un suivi diététique, a permis de stopper la perte de poids chez de nombreux participants et, dans certains cas, de leur en faire regagner. Diverses études montrent par ailleurs l'impact d'une réalimentation sur la perception de la personne à réaliser les activités courantes et sur sa vitalité.


Moins d'appétit qu'avant

Hélène Payette s'est également intéressée à la "sarcopénie". Cette diminution de la masse musculaire liée au vieillissement entraîne une chute radicale de l'activité physique. Moins la personne est active, moins elle va s'alimenter et moins elle a de force, moins elle va être active. Un cercle vicieux: "moins on mange, moins on a faim. C'est une spirale qui est difficile de briser". Sans compter que vieillir influe également sur les fonctions sensorielles, telle la perception, le goût ou l'odorat.

"Comment s'opèrent les changements qui surviennent dans l'alimentation ? Quels sont les facteurs liés au vieillissement ? Quels sont les bénéfices d'une augmentation de l'apport alimentaire? Cette personne va-t-elle retrouver de la force et de l'autonomie", s'interroge Hélène Payette. Toutes des questions auxquelles les chercheurs ont peu de réponses: les études sur la nutrition des personnes âgées s'avèrent encore une denrée rare en Amérique du Nord…


Des habitudes alimentaires méconnues

"On ne sait rien sur l'alimentation des personnes âgées. La dernière enquête canadienne sur la nutrition remonte aux années '70 et cette catégorie de la population en était exclue", se rappelle Hélène Payette.

À ses côtés figurent une quinzaine de chercheurs de quatre universités du Québec et deux de l'Ontario: Carole Greenwood de l'université de Toronto, spécialiste du dépistage nutritionnel et Heather Keller de l'université de Guelph, spécialiste de la nutrition chez les adultes âgés. La collecte de données sera considérable et multiple. "Nous allons recueillir plus d'un millier de données par personne, des échantillons biologiques en passant par des questionnaires sur la nutrition et les apports alimentaires."

Convoqués une fois par année, les participants de l'étude devront rendre compte des événements importants touchant à leur santé et leur alimentation. Ils devront également se soumettre à un examen (taille, poids, circonférence des membres, plis cutanés, etc.) Cette étude en est une d'observation: il n'y aura donc pas de jugement sur l'alimentation des participants ou de conseils nutritionnels. L'objectif reste d'apprendre comment le vieillissement influence nos assiettes et notre appétit.

 

  • Lancement de l'étude (Projet NuAge)
  • Le volet nutrition du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement
  • "Health ABC", par le Laboratory of Epidemiology, Demography, and Biometry, étude américaine
  • "The First Wave" par le National Institute for Longevity Sciences, étude japonaise portant sur 2267 hommes et femmes de 40 à 79 ans (1997-2000)

Isabelle Burgun

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