Les jeux de hasard chez
l'adolescent: dépendance ou sport extrême?
(Agence Science-Presse) - Les adolescents
joueurs pathologiques sont moins nombreux que le laissent
croire des tests de dépistage qui sont plutôt
conçus pour des adultes.
" Des études américaines
concluent quil y a jusquà quatre fois
plus de joueurs pathologiques chez les adolescents que
parmi les adultes. Certains de nos collègues de
McGill suggèrent même que ce problème
touche jusquà 12 % des jeunes. Nos recherches
démontrent que ces chiffres sont nettement exagérés ",
affirme Robert Ladouceur de l'Université Laval.
En compagnie de deux autres chercheurs en psychologie,
Amélie Pelletier, elle aussi de lUniversité
Laval, et Alexander Blaszcynski, de lUniversité
australienne des Nouvelles-Galles du Sud, M. Ladouceur
a réalisé une étude auprès
de 265 écoliers de la région de Québec.
Celle-ci est parue dans le Journal of Child & Adolescent
Substance Abuse.
Le test qu'ils ont employé, le DSM-IV-J
de Fisher, est un questionnaire adapté aux adolescents.
Il comporte neuf énoncés permettant de décrire
le rapport quune personne entretient avec le jeu
comme " Au cours de lannée qui
vient de sécouler, combien de fois avez-vous
pensé au jeu ou planifié de jouer? ".
Seulement sept des adolescents qui ont rempli le questionnaire
présentaient le profil dun joueur pathologique.
Parmi eux, un seul admettait éprouver
des problèmes liés aux jeux de hasard sans
avoir demandé de laide pour autant. Létude
révèle en effet que les adolescents ne considèrent
pas le jeu comme une source de problèmes. Contrairement
à ladulte, chez qui lappât du
gain et lespoir de récupérer ses pertes
jouent un rôle majeur dans le développement
dun comportement pathologique, les jeux de hasard
chez ladolescent constituent plutôt une prise
de risque, typique de cette période de la vie.
Les jeux de hasard, à lexemple
des sports extrêmes, seraient donc à ranger
au rayon des rites de passage à la vie adulte.
Selon les chercheurs, les adolescents ne
croient pas que les jeux de hasard puissent être
néfastes parce que la plupart nassument pas
encore de véritables responsabilités. Ainsi,
le fait de perdre de largent dans des jeux de hasard
peut être désagréable, mais nentraîne
pas de graves conséquences.
"Un organisme comme Tel-Aide ne reçoit
chaque année que quelques rares appels dadolescents
aux prises avec des problèmes de jeu. Si le
problème était aussi grave que certains
le prétendent, on peut présumer, en toute
logique, que les appels afflueraient ", fait remarquer
M. Ladouceur.
Devant ces résultats, les chercheurs
sinterrogent sur la pertinence de consacrer autant
defforts au traitement du jeu pathologique chez
les jeunes. Il serait préférable selon eux
de développer des stratégies dintervention
axées sur la prévention.
Marc Ouellet